Je n'ai pas de tête. Je suis omnipolaire. Je marche dans les rues en chantant mal et en faisant des punch de drum avec mes mains et en buvant du vin dans un sac en papier brun. Je bois aussi des cafés-filtre au Dégueulton, des fois j'y travaille et tout le temps j'y écoute aux tables. Je sors danser dans les bars country. Je suis pas super en Charleston. Je cherche une liberté douce. Je fragmente les histoires des gens que je rencontre au cours de mes soirées qui n'ont ni tête ni rien non plus.

samedi 23 juillet 2011

Un homme, moustache et casquette.

Un homme, moustache et casquette, Montréal, Québec. Par Nina Raginsky.

Lui il a pas de père pas de frères pas de soeurs en tous cas il sait pas c'est qui, il sait juste c'est qui sa mère mais ça fait pas longtemps. Quand il était petit il avait juste une tante pis un oncle pis un golden retriever pis un camion.

Quand il était petit il l'imaginait sa mère avec des bigoudis la nuit et des frisettes le jour, avec du bleu sur ses yeux une cigarette longue et des souliers en cuir plus une boucle dessus. Il l'imaginait dans une Camaro avec un foulard en soie dans ses cheveux et Elvis au boutte en background avec qui elle aurait chanté super bien. Tante et oncle avaient jamais rien dit sur la mère sauf son nom Henriette, ils avaient trop peur qu'elle revienne pas des États-Unis mais ils avaient surtout peur pour leurs fesses à eux, c'est tannant une vie avec ton pas-fils à qui faut que tu fasses du ragoût pis des hot-dogs à tous les jours au lieu de manger au restaurant en buvant beaucoup de whisky. La mère est revenue finalement et elle avait rien d'autre de beau que des cheveux courts blonds des sneakers de course et une amoureuse comme dans les films américains, et la seule chose qu'elle a dit en premier c'est "maudit comment ça que vous lui avez fait les cheveux comme une brosse". 

Quand il était moins petit il s'est mis à imaginer son père à la place, grand avec des jeans pattes d'éléphant, un tattoo à l'intérieur de l'avant bras et des bagues en tête de mort. Il l'imaginait faire de la moto avec pas de casque en fumant des joints, il se voyait chanter du Led Zep avec et jouer de la guitare dans un ampli crinqué au boutte. Quand il l'a vu pour la première fois son père, quand sa mère nouvelle lui a montré sur une photo il a un peu pleuré par en-dedans parce qu'il portait un coton ouaté et une moustache et c'est la dernière fois qu'il a posé une question dessus. 

Maintenant, il se fait trente blondes par année qu'il aime pendant un point quatre-vingt-sept semaines chacune en moyenne, il se regarde beaucoup dans le miroir et c'est tout.

Elle elle a plein de frères plein de soeurs, plein qu'elle connaît pas peut-être même qu'elle sait pas qu'ils existent, c'est parce que sa mère en a donné beaucoup qui ont été distribués à travers le monde entier et qu'elle est la seule qu'elle a gardée. Un jour elle a parlé avec un Maurice au téléphone qui lui a dit "allo ma soeur" avec un accent français et il a bien fallu que quelqu'un lui explique quelque chose, alors c'est comme ça qu'elle a su. Elle a aussi un père qui s'appelle Ricardo mais elle le connait pas non plus parce que quand on la portait chez lui, il l'emmenait tout de suite après chez sa mama tellement il savait trop pas quoi faire avec. La mère l'a su et elle a emmené sa fille en Allemagne pour que plus jamais personne lui fasse de la peine, elle s'est mise à toujours dire qu'elles étaient bien hein toutes seules les deux et qu'elles avaient pas besoin de personne en tout cas. Elles ont jeté les photos de Ricardo, celles de lui sur son vélo celles de lui sur la montagne, et celles surtout de la journée à la piscine quand une autre petite fille avait couru dans ses bras en criant "papa papa" et qu'ils étaient partis sans rien dire. Elles ont aussi jeté les photos des autres monsieurs qu'elles savaient pas s'ils avaient rapport dans une histoire ou non, certains avec des moustaches d'autres avec des gros sourcils et certains encore avec des gros muscles et des haltères.

Maintenant elle est revenue là où elle est née avec son ex Allemand qui veut encore la garder pour lui tout seul mais elle veut rien savoir. Quand elle marche dans la rue avec ses enfants dans la poussette, elle cherche les faces qui lui ressemblent, elle aimerait donc ça avoir une grande soeur surtout parce que Maurice il répond plus jamais au téléphone et qu'elle a présenté ses deux filles à Ricardo, qu'elle a revu mais qu'elle appelle juste Ricardo, et qu'il préfère sans se cacher celle qui lui ressemble le moins à elle. Et aussi parce que sa voisine rit pareil pareil comme sa mère et que c'est fucké. 


Je veux les présenter. L'un à l'autre, lui à elle.

lundi 11 juillet 2011

Les oreillers.

C'est les oreillers qui nous stoolent.
Quand le matin 'sont plus d'un bord ou de l'autre. Souvent 'sont au milieu ça veut dire qu'on s'aime égal. Je rêve-tu ou c'est vrai ça marche.
Ces temps-ci 'sont surtout de ton bord, genre la mienne embarquée par-dessus la tienne en moton.
Au début c'était le contraire mais là ça change souvent dans nos vies.

Je pense que je te cours un peu après ça se peut-tu.

lundi 4 juillet 2011

Avec ma tête de floune.


On dormait pas. On avait des cernes grosses comme nos joues de monde qui mange de la rillette pis du pain pis des pâtes pis des steaks saignants pis des fromages forts. Aussi comme du monde qui fume des cigarettes longues pis qui boit du café extra crème pis qui sirote à deux des vingt-six onces d'Amaretto sur glace pis du Pernod pis du Ricard pis de l’Absinthe pis plein d’autres choses que je suis pus capable de sentir sans dégueuler astheure. On sortait tous les soirs on dépensait tout notre argent, on titubait on tombait partout, on était pleins de bleus on avait mal à la tête on dormait avec toutes sortes de monde, on s’en foutait on disait n’importe quoi on chantait fort en faussant des chansons pas à la mode sur le plateau qu’on adorait, nous. On avait les cheveux couleur nature on se maquillait pas, on s’habillait en pyjamas ou en déguisements, y avait pas encore la retenue le contrôle de soi le semblant de savoir-vivre, la mode les in les out le PR les régimes, maudit qu’on était beaux pis on était jamais fatigués. Je repense à ça, calvaire j’ai l’impression de pus être moi ou d’en avoir manqué un boutte. C’est pour ça que je vous ai appelés pour vous dire allo on se fait tu des retrouvailles pis vous avez dit oui pis je pleurais quasiment, à soir je vous attends dans mon nouvel appartement coin Duluth avec ma tête de floune pis vous autres aussi j'espère, même si vous avez quarante ans.

vendredi 24 juin 2011

Des faces sur des napkins.

Tu as dit "je pense que le gars d'à côté est en train de me dessiner" pis oui il te dessinait c'était vrai, au début on regardait discrètement mais après on se cachait pus pis lui il a vu qu'on voyait il était gêné, mais son dessin était trop fou dans tête qu'on lui a dit alors il était content alors il a commencé à nous raconter son affaire. C'est Gilles Napkin son nom d'artiste, lui ça fait trente ans qu'il dessine des faces sur des napkins pis des petits papiers carrés, son buts dans la vie c'est juste de les exposer pour montrer au monde comment c'est beau des faces. Il a dit aussi que tu avais une belle bouche sensuelle pis une belle coupe de cheveux de rebelle, mais que dans tes yeux t'es pas rebelle, que dans tes yeux t'es rempli de nostalgie et de douceur pis que c'est la douceur qu'il voulait dessiner. Je pense que ça a marché en tout cas même si t'as l'air un peu triste. Ce qui est fou c'est que Gilles nous a laissé prendre ton portrait en photo après qu'on lui ait payé un verre de chardonnay, avec les bouteilles en arrière plan c'est encore plus swell je trouve.

samedi 28 mai 2011

Extrait de quand on s'invente une vie.



Depuis ce temps-là je mange plus du tout ni rien. Les gens mangent et digèrent et ça me rend incroyablement mal, je pensais que c’était fini depuis que j’ai quatorze ans mais c’est revenu. Hier c’est la honte y a une fringale qui me prend, je mange deux petits gâteaux en deux bouchées je repense aux filles cerise-croquable qui font du jogging en shorts dans ma rue que l’Acteur doit tout le temps mater et qui me font sentir comme de la marde. Après ça je veux aller me faire vomir mais y a rien qui sort et ça fait mal alors je soupe pas. Ma coloc me supplie, je réponds que non et elle se met de dos et pleurniche un peu. En tout cas j’entends son nez couler pendant qu’on fait la vaisselle, mais j’ose pas regarder je siffle « L’Été Indien» vraiment fort vraiment sûre de mon coup. Tout ça c’est pas trop grave de toute façon parce que j’ai rencontré l’homme de ma vie sur une photo il est même pas beau sur la photo mais j’ai capoté, il a une moustache même si j’aime pas ça je me retourne et je dis hey je suis dans le trouble, mon amie qui dessine des oiseaux sur ses bras comprend plus rien. Je sais que je le verrai bientôt en vrai parce que c’est son nouvel ami et avec un peu de chance il aura coupé sa moustache et il portera quelque chose de swell parce que j’ai regardé ses autres photos Facebook et des fois il a pas de moustache et des billes en bois aux oreilles et il est genre le plus beau gars que j’ai jamais vu avec des yeux bleus débarbouillette et des bouclettes.

J’ai le ventre vide vide c’est gossant parce que je sais pas ce qu’il aime ça me dégueule, sauf que je sais qu’il est un peintre Verseau, c’est pas une blague je m’en sortirai pas. Je le vois je tombe presque à terre – il a vraiment coupé sa moustache et il a vraiment des billes aux oreilles, moi j’ai un collier de billes aussi pour que ça soit beau –, on s’assoit sur la terrasse de la taverne et il est à côté de moi sauf que je fais juste une affaire pendant vraiment longtemps; au lieu de parler de sourire ou de boire mon whisky ou de le regarder je regarde mes cuisses posées sur la chaise et je mesure leur largeur avec ma jugeote, ça doit être au moins deux pieds de large, deux fois ses cuisses à lui, c’est trop j’ai chaud je meurs. Ensuite je vais aux toilettes me remettre de la poudre anti luisance, ensuite j’essaie de trouver une position de cuisses qui m’avantage plus, ensuite je retourne aux toilettes me peigner les cheveux en faisant des jumping jacks, et tout ce temps-là lui il rit avec les mêmes filles que celles qui joggent sur ma maudite rue. À la fin de la soirée y a plus que lui moi et mon amie aux bras oiselés, lui il échappe ses clés à terre et il me regarde en les ramassant pas alors je me penche et je veux lui redonner mais il me dit : non. Moi je dis : oui,  lui il dit : non, alors je demande pourquoi en tremblant dans ma voix et il me répond que c’est parce qu’on va partir ensemble de toute façon, pour aller chez lui. Je deviens rouge-mauve et je lui dis que non que je ferais jamais ça que je suis loin d’être de même que ouf non non non. Quand on se quitte je pleure presque et ça prend presqu’une semaine avant qu’on se revoie, moi je mange pas tout à fait encore je dors pas vraiment non plus et ma coloc me parle plus du tout. Cette fois-ci lui et moi on discute d’un ou deux trucs quand même, comme sa peinture fuckée, après ça il me regarde pendant peut-être cinq minutes non-stop et finit par me dire que je suis une belle petite fille. C’est vraiment ses mots :

-       Tu es une belle petite fille.
-       Merci.
-       T’as quelque chose.
-       Merci.
-       Des choses belles pis des choses pas belles.
-       Merci.
-       T’as des secrets.
-       Ok.
-       Je vais les savoir bientôt.
-       Ok.

Il me flatte le dos je râle presque comme une chatte, il met ses mains dans mes cheveux il caresse vraiment fort je ne suis plus de ce monde, il me dit qu’il a vraiment envie de me recevoir dans son lit et que le lendemain on aille déjeuner avec des saucisses et qu’on se saoule au karaoké et je réponds que moi non. C’est pas ça que je veux j’ai su des choses sur lui j’ai su qu’il faisait ça avec toutes les filles, la même affaire, toutes toutes même les pas belles même celles qui ont pas de billes dans le cou ni de secrets. Les fluides de filles sont mélangés dans son lit, elles sont toutes amoureuses toutes folles à lier comme des connes, et s’il y avait une bille dans sa boucle d'oreille pour chaque fille il aurait une tête rienqu’en billes. Je veux pas ça. C’est pas ça.

Ce soir-là, quand on se quitte, je pleure vraiment et je veux plus rien savoir de la vie. 

Ça prend deux jours pour qu’on se revoie encore. Cette fois-là c’est la pleine lune et je suis saoule morte à la téquila et je me laisserais toucher par n’importe qui même quelqu’un qui a des seins, lui il vient me voir avec ses yeux d’ecchymose et il me dit :

-       Je te le demande une dernière fois, s’il vous plaît voudrais-tu faire l’amour avec moi ce soir Stéphanie.
-       Non non.

Je me suiciderais right there. Lui il feel pas non plus il regarde notre amie-oiselle et il a l’air trop trop triste il demande :

-       Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour faire l’amour avec Stéphanie-nie-nie jolie Stéphanie la petite fille qui a des secrets.

Et il m’a. C’est ça c’est bon. Je le tire par le bras, on s’en va au dépanneur acheter des cigarettes, on marche rien que sur les craques de trottoir on chante du Marie-Denise Pelletier vraiment fort et lui il me sent partout en même temps et il dit que je sens rien. On arrive chez lui, y a une odeur de serviette trempe et de gomme balloune, il veut qu’on prenne une douche je suis gênée mais je ferais tout tout pour lui, c’est ça. Dans sa douche qui pue il fait rien que me regarder laisser couler du maquillage sur mes joues en faisant à semblant de prendre des photos, il dit que c’est genre la plus belle chose qu’il a vue depuis longtemps il répète encore encore plus de noir-bleu sur les joues à Stéphanie, il dit qu’il veut s’en souvenir toujours. Après ça il me fait un massage mais on fait même pas l’amour il veut pas. Je suis un peu vexée même si j’aurais répondu non, je sais pas si c’est comme pour l'autre d'avant et qu'il aurait pas bandé ou quoi

On se revoit encore et encore. Je suis tellement fâchée de l’aimer autant que j’appelle Joseph petit raton pour qu’il vienne me consoler. Je l’avoue au peintre et il me crie dessus parce qu’il veut pas le savoir mais comment je pouvais le savoir. Il veut pourtant que je lui dise des choses, il me demande toujours dis-moi des choses. Je sais jamais quoi lui dire je veux pas lui donner des balles à mettre dans son fusil. Je veux pas lui montrer que j’ai envie de lui parler je veux pas lui montrer rien même pas mes seins même pas rien, il me dit laisse ta tête aller mais comment comment donc que je pourrais quand il me répète toujours qu’il m’aime pas, qu’il aime l’autre la fille en voyage qui revient jamais, qu’y faut pas m’attacher que nous c’est rien, et quand il m’appelle la nuit l’après-midi pour me dire qu’il veut me voir et qu’il m’invente des chansons pour mon répondeur, un message une chanson par jour et quand il me regarde tout le temps, quand il me pousse sur la balançoire et qu’il apprend mes recettes préférées, qu’il me dessine sur les derrières des paquets de cigarettes, comment donc que je pourrais comprendre quelque chose et parler, comment donc.

On s’en va déjeuner et il me dit c’est fini et je réponds c’est fini et quand la serveuse vient nous voir pour nous demander si c’est fini, il lui répond oui c’est vraiment fini et elle elle rit, elle croit que c’est une blague mais on lui répond que non, non, que c’est vraiment vrai. 

À sa fête ça fait des mois bien bien après, des mois j’aurais dû oublier mais non je marche, je laisse les lumières de circulation décider où je m’en vais, il neige un peu c’est doux, je pense à lui je le cherche dans les bancs de glace brune et je le vois, là sur le coin avec son coat vert poivron, il parle au téléphone. Je me retourne en remontant mon capuchon pour pas qu’il me voie. Je rentre doucement chez moi, je chante : happy birthday to you, du bout des lèvres froides.

dimanche 22 mai 2011

Pas de sexe juste le cinéma.


J’ai rencontré un autre gars acteur Verseau que j’écoutais dans ma télévision à la journée longue quand j’étais au Cégep, il parlait fluide fluide de la voix ça me faisait capoter. Et là je le vois avec des amis d’amis d’amis et on se dit salut et aussi ça va et je touche sa main douce d’homme pas tant homme, avec des ongles lisses et coupés parfaits, ça me fait un frisson. Le lendemain il me demande d’être son amie sur Facebook je capote encore ben raide, il m’a même écrit un message ça dit y faudrait se revoir bientôt. Est-ce que c’est moi qui invente des trucs ou quoi il me semble que c’est comme une moitié d’invitation peut-être, ou peut-être que c’est rien comment je peux le savoir je lui réponds oui quand tu veux avec un petit bonhomme aux quenoeils qui sourient et il me répond trois minutes après avec son numéro de téléphone, il dit qu’il est gêné mais qu’on peut aller au cinéma demain que c’est pas trop gênant ça. Des fois ça arrive dans ma vie des affaires de même out of nowhere pis après ça c’est dur de pas croire en quelque chose. On va voir bien sûr un truc allemand sur la guerre pas écoutable que je fais semi à semblant de trouver intéressant, lui il s’en bave dessus tellement il aime ça ses yeux bleus d’hippocampe sont fous de fascination alors après on va prendre une bière pour mieux en parler, il parle il parle il dit qu’il a compris des choses que les autres n’ont pas comprises, que s’il veut il peut avoir n’importe quoi n’importe qui, qu’il est un enfant indigo et moi je sais même pas c’est quoi mais je dis hum hum (après j’ai su que ce sont des enfants spéciaux intellectuellement et spirituellement supérieurs avec des dons comme la télépathie admettons, quand même). Je l’écoute encore longtemps parler de ses anciens voyages et de ses anciennes baises dont une qui avait un peu un gros cul et je suis traumatisée de la façon qu’il le dit on dirait que c’est la chose la plus répugnante qu’il a jamais vue, mais sa voix est douce et je suis perdue totalement dans sa face parfaite avec ses arcades sourcilières qui fittent avec sa mâchoire, et ses deux yeux plantés comme des billes dans de la crème glacée à la vanille, et sa bouche rouge comme des smarties et sa petite craque entre les dents d’en avant qui dit come on. Vers les trois heures du matin il se lève et me dit bye bye sans rien de plus, deux becs sur les joues.

-       Bye bye.
-       Bye bye.

Je suis plantée en plein milieu du bar comme un cornet fondu plein de garnotte.

Le lendemain je lui écris même pas, je suis sûre qu’il a vu dans mes yeux comme je suis conne et c’est mon cul aussi, et c’est déjà fini c’est tout. Mais j’ai un picot rouge dans ma boîte avec un « 1 » dedans, j’ai un message, allo c’était vraiment cool hier est-ce que tu veux aller voir un autre film demain soir? Ah wow wow j’aime énormément les films de guerre allemands tout d’un coup je pourrais aller en voir au moins six autres, je réponds oui ça recommence, suédois ce coup-ci c’est pas trop pire, après on marche dans les rues jusqu’à quatre heures du matin et il me parle de plein d’autres choses sur lui je commence à le connaître par cœur. Arrivés devant sa maison il me dit bye bye encore deux petits becs et là j’attends longtemps seule sur le trottoir, je réfléchis je me dis qu’y doit vraiment y avoir quelque chose que j’ai pas compris sur l’existence et sur les relations humaines. Mais j’ai encore un message une semaine plus tard, j’attends toute la journée avant de lui répondre, j’écris ben ça dépend parce que moi je veux vraiment qu’on fasse l’amour mais on dirait que toi non alors ça dépend. Il répond come on viens au cinéma avec moi mais j’ai toujours pas ma réponse, alors j’y retourne c’est sûr. Après le film (indien) on se couche dans le parc devant chez lui parce qu’il veut encore qu’on se sépare mais moi j’ai raté mon bus et j’ai très soif, je veux un verre d’eau. Il me propose de m’en donner un et de me présenter son perroquet en même temps, il parle et chante très bien qu’il dit. 
Chez lui c’est doux avec des plantes vertes, je veux pas partir et il a encore plein de choses à me raconter, tellement que je manque encore mon bus et qu’il me propose de me faire un petit lit dans le salon. Au début je dis non mais je manque mon troisième bus et là y en a plus je suis faite. Il me sort une brosse à dents neuve, c’est cute de sa part, et pendant que je me lave le visage il me crie par-dessus la porte :

-       Je suis vraiment vraiment content que tu sois restée.

Moi je pense juste au maudit lit sur le divan-lit qui m’attend.
Je me couche dessus, c’est froid comme un trou je suis juste en dessous de l’air climatisé. Je l’entends lui dans sa chambre qui bouge dans ses couvertes qui font scroutch scroutch, il soupire, il grogne, il ouvre la fenêtre, il s’allume une clope. C’est pas vrai que je me dis. C’est pas vrai que je vais coucher ici sans coucher dans sa chambre c’est pas vrai, je me lève en grosse panique, je vais le voir je lui dis allo je peux-tu dormir avec toi mais on est pas obligés de faire l’amour en fait je veux pas faire l’amour pentoute juste dormir collée sur toi ok j’ai froid pis je m’ennuie pis j’ai peur du noir pis des divan-lits, pendant que je parle je me couche et il est déjà sur moi avec ses mains sur mes seins et sur mon cou il m’embrasse sur la bouche et moi tout ce que je me dis c’est Jésus Jésus faites que mon cul soit pas trop gros à soir.

Après ça essaie de pas virer accro. Le lendemain je l’appelle pour lui proposer un film indonésien mais il répond pas, le surlendemain je lui laisse un message, il me rappelle il dit que ça lui tente je saute tout partout sans faire de bruit dans le téléphone, on se donne rendez-vous. Une heure plus tard il me rappelle :

-       Ça me tente de te voir mais ça te dérange tu si on fait pas de sexe? Juste le cinéma?
-       Non non ouf vraiment pas c’est ben correct ouais vraiment pourquoi?
-       Ben c’est parce que je voyais une fille avant toi que je respecte plus que tout une fille merveilleuse tellement belle tellement dans mon cœur pour la vie pis à elle j’ai dit non alors comment je pourrais dire oui à toi?
-       C’est ben correct là, parfait parfait, t’en fais pas ça me dérange pas pentoute.

Je raccroche je feel pas numéro un, je regarde dans le vide longtemps, le téléphone sonne encore c’est lui :

-       Ouin finalement je pourrai pas à soir je vais prendre ça relax j’ai un tournage demain et tout tsé…
-       Ah pas de problème ça me dérange vraiment pas on va se reprendre cool cool.

Et là j’entends le bruit de fond, il est dans un bar avec ses amis ça parle fort ça se bidonne, je raccroche je dis rien je crache des larmes de partout dans ma face, ma coloc-sœur me regarde avec ses gros yeux, le téléphone dans sa main vers moi. Elle me dit de l’appeler que ça a pas de bon sens que je suis une vraie farce et elle a raison je compose son numéro je suis all over the place :

-       Salut Monsieur je voulais juste te dire que c’est pas vrai que ça me dérange pas ça me dérange énormément les gens comme toi qui font sentir les autres comme de la marde ‘fait que je voulais juste te dire de plus jamais de ta vie penser à m’écrire ou m’appeler bye.

Tiens toi.

samedi 14 mai 2011

Qui brillait qui brillait.

C'était à quelque part où des fois on voit juste les yeux. Du tissu noir pis des yeux de femme, même pas de mains. Des yeux bien maquillés, qui portent tout le poids d'être les seuls qu'on voit. À côté de la femme y a souvent un mari en gougounes-bermudas-jeans en t-shirt copié sur ceux des Américains. Y sourit ou y baboune, on le voit; sa femme on le sait pas sauf des fois y en a qui sont bonnes avec les yeux.

C'était dans un pays étrange et laid au Nil tout brisé et si beau aussi, où les gens sont sortis dans la rue pour la politique, forts forts grands grands. Maintenant ils ont des buildings brûlés et plus beaucoup de touristes, alors quand ils en voient ils deviennent comme étourdis et fous un peu alors ils leur lancent des trucs dans les mains ils leur mettent des trucs sur la tête et ils crient ils disent ten pounds twenty pounds, les touristes disent non mais ils les écoutent pas ou ils deviennent très fâchés, ils les suivent sur un kilomètre et ça recommence à chaque coin de rue.

C'est pour ça que quand on a pris la madame qui brillait en photo, avec Amélie à côté, et qu'elle a tendu ses mains en nous donnant des becs, j'ai sorti mon porte-feuille, j'ai tendu un ten pounds. Et quand elle a dit non non on comprenait plus rien, on se demandait si c'était pas assez ou quoi, jusqu'à temps qu'on se rende compte que tout ce qu'elle voulait c'était une photo avec moi aussi et que des larmes nous sortent des yeux.

J'me suis assise à côté d'elle et là on s'est collé une couple de secondes.


samedi 30 avril 2011

Cinq heures du matin pas rapport.

Tantôt dans le métro y avait deux madames liftées en talons hauts qui racontaient leur mari qui les avait trompées c'était triste pour mourir, mais juste en face de moi y avait une mademoiselle toute belle toute brune avec un petit garçon tout blond coupe-bol, j'osais pas les regarder sauf mais elle la madame elle me faisait tout le temps des beaux sourires, je comprenais pas si j'avais une tache de mayonnaise dans le front ou quoi. Finalement je lui ai rendu son sourire mais pas trop trop, juste pour dire, je voulais pas qu'elle pense des affaires, pis quand elle est descendue elle a dit byyyye pis elle a dit à son bébé-blond de me dire byyyye aussi pis les deux ils m'ont fait des becs soufflés dans leurs mains, j'ai un peu pleuré après, je sais pas quel genre de vibe j'avais peut-être que c'est parce que je revenais de Thetford Mines pis que le monde sont fins là-bas pis qu'ils rient de mes jokes, même si l'eau est toute jaune j'ai ben aimé ça en tout cas.

vendredi 29 avril 2011

Bienvenue Welcome.


On va être séparés pour un petit boutte je sais que c'est plate, mais dans mon téléphone j'ai une photo qui va me consoler chaque fois que je vais la regarder oui chaque fois. C'est ta main aux ongles un peu longs de guitariste pis ma main avec des ongles en couleurs qui se tiennent fort pis y a aussi un napperon qui dit Bienvenue Welcome sur la table pis en petit petit on voit pas bien mais y a un message de biscuit chinois, si je me souviens bien ça dit de commencer dès maintenant à planifier nos vacances de rêve. C'était cool à ce moment là parce qu'on était assis côte à côte sur la banquette en cuirette pis on écoutait pas la game de hockey comme tout le monde non on parlait pis on s'aimait à la place, on se collait l'oreille sur mon Ipod pour entendre les chansons que je faisais jouer, toi pis moi en même temps. Toi tu voulais pas qu'on dérange les autres avec le bruit mais moi je m'en foutais, c'est un peu toujours de même des fois ça me fait chier mais dans le fond une chance que t'es là. Pis aussi y a un truc c'est que moi je crois tout le temps aux biscuits chinois fait que qu'est-ce tu dirais des Îles de la Madeleine, ça va faire changement des pyramides pis des pharaons pis du Sphinx qui est même pas beau si ça se trouve.

samedi 23 avril 2011

Je travaille plus a Dégueulton c'est fini ce temps-là.
Y en a qui vont me manquer, surtout celui qui venait manger quatre fois en huit heures, qui remplissait mes poches et mes oreilles de cling-cling.
Je viens d'avoir vingt-quatre ans j'haïs ma fête c'est cruel, parce que je veux tout le temps rester toute seule dans mon bain mais après je braille que j'suis toute seule dans mon bain.
Je sors plus beaucoup c'est fini ce temps-là itoo. Je me sens trop seule au milieu d'une piste de danse seule quand je danse pas et tout tourne autour tout tourne autour et je comprends rien de ce que je fais là.
Y a du monde qui me passe dans la face sans me regarder mais je les regarde pas pfffft et je sais plus trop si c'est moi qui les aime pas ou l'inverse mais j'ai tendance à capoter.
Je suis un peu comme quelqu'un qui existe plus beaucoup à l'extérieur de moi tout à l'intérieur et avec des yeux qui disent pas allo sont trop fatigués, faut être perspicace pour les trouver fins.
Je travaille fort et tout coule par terre rien ne reste dans mes mains à la fin, tout à l'extérieur rien à serrer qu'un gâteau de fête riche comme une brique qui fait engraisser, un bouquet de fleurs qui fait pitié et une couple de petits rires qui sont vrais mais pas beaucoup, et de l'amour un peu et aussi une idée c'est que fuck je peux tout faire dans la vie mais j'pourrai pas me saouler en même temps ça c'est sûr, ni m'acheter quinze robes à 200 piasses ni servir des gras trans non-stop dans un delicatessen.
Faut que je choisisse pis que j'arrête de chialer.

samedi 16 avril 2011

À soir dans l'ciel y a toé pis moé.


Jean-Guy arrive au magasin de guitares il a l'air normal sauf un petit quelque chose d'un peu pété, il dit au vendeur moi je veux la guitare la moins chère le vendeur se dit encore un maudit qui connaît rien qui veut acheter une dompe pis moi j'haïs ma job pour mourir, il lui répond sans sourire alors. Mais Jean-Guy est pas un maudit, il a même une brillance dans ses quenoeils une brillance douce, il renifle dans son nez il dit excuse-moi je suis ému c'pour ça c'parce que j'achète ça pour Mario l'itinérant pis moi-même j'ai failli être dans 'rue mais j'ai été sauvé c'pour ça j'suis ému mon gars. Le vendeur se sent un peu moins fâché il lui vend sa guitare il lui donne des picks en extra pis il y pense fort fort après, vraiment fort, jusqu'à temps que Jean-Guy revienne avec son kodak en sautant partout pis qu'il lui montre le vidéo de Mario qui joue de sa guitare. Y joue trois accords y chante à soir dans l'ciel y a toé pis moé pis c'est à peu près ça, y a du vent dans ses cheveux longs comme un real pis quand y arrête y dit à Jean-Guy va-t-en pas j'vas t'en jouer une autre pis y joue la même maudite affaire, trois accords pis c'est la plus belle chose que le vendeur pis Jean-Guy ont entendue de leur vie j'pense pis quand le vendeur va le raconter à sa blonde le lendemain matin les deux vont se serrer fort fort à côté de la cafetière en pleurant un peu pis c'est pour des affaires de même qu'on vit me semble.

samedi 2 avril 2011

Extrait.




Je sais pas comment ça je me suis rendue là. Le trois quart du temps je me sens comme de la marde pis je mange des gâteaux Vachon. À cause de tout ça je suis un million de filles en même temps comme un amalgame de filles toutes pas sûres, des filles boîtes à malle des fois c’est mélangeant souvent ça marche même pas alors je braille encore plus fort. Depuis ça je peux jamais dire blanc ou noir, oui ou non, en étant certaine, sans regarder autour. J’avais pas pris conscience de ça mais là ça se précise de plus en plus, c’est à cause de Mathieu Rouge principalement, parce qu’il aime ça comparer et choisir. Alors il demande Lennon ou McCartney? Je réponds je sais pas ça dépend. Il dit hum hum. 

Des fois quand on va à la piscine, il me prend en dessous de l’eau il me lance dans les airs, c’est le plus beau jour de ma vie parce que je me sens petite et légère. Je ris et il me serre vraiment fort et je souhaite vraiment fort qu’il ait pas vu la peau d’orange crapoutie sur mes cuisses et mes varices de mauvaise circulation du sang qui me font des jambes dégueulasses. Et il fait comme s’il avait pas vu si oui parce qu’il me dit dans l’oreille qu’il voudrait me baiser à mort et qu’il a chez lui un livre, un livre tellement fou que je vais adorer, et mes yeux scintillent dans leurs paupières mon dieu comment ça se fait qu’il existe et qu’il me mange le soir dans mon lit.  Et là il me demande Kafka ou Orwell? Et je sais plus rien de rien.

Ce qui est le plus débile et tragique avec Mathieu Rouge, c’est qu’un jour j’ai réalisé qu’on était faits pour s’aimer parce que tous mes accessoires sont rouges et que tous les accessoires de mon amie Aline sont bleus quand elle a un homme de vie qui s’appelle Jimi Blue. Pour moi c’est clair en tout cas.

Rouge aime me marquer la peau. Il me serre les bras ça fait des bleus, il me suce le cou et ça fait des violets, il m’égratigne en bas avec sa barbe, il me brûle avec son bout de clope et ça saigne des fois et le plus fou c’est que je suis folle de ça. Je suis complètement folle de ça et je dis encore et encore. Quand je m’habille je fais exprès de le faire pour montrer mes marques, je veux que tout le monde les voie et je lui appartiens encore plus de même. Je lui vole ses affaires pour qu’il les oublie chez nous, je les porte et avec les marques tout est parfait, je suis à lui. Quand on marche je reste derrière et le regarde de dos, sa carrure la forme de son corps ses cheveux en grosses boucles folles folles, fuck je le veux pour moi pour le reste de ma vie pis si c’est ça je chialerai plus jamais jamais.

-       On mange quoi?
-       Je sais pas ça dépend
-       Hum hum. Ben d’abord tu veux une comédie ou un film d’action?
-       Je sais pas…
-       Hum hum. Ben va choisir un film, ça serait pas pire quelque chose de japonais.

Ça va comme ça encore et encore je le déçois tellement, je veux dégueuler je tremble je me concentre vraiment fort pour dire, je sais pourtant, fuck ton film japonais je veux quelque chose de plus sweet qui s’écoute fuck tes manières de fils à maman qui m’emmerdent en calvaire mais là rien ne sort parce que j’aime trop ça quand il me serre et je sais qu’il observe il attend de voir si je suis intelligente si je sais me partager en choix et en décisions sensées et s’il me quitte je vais m’énerver à mort.

La nuit des fois il se réveille en pleurant il appelle : Fanny, Fanny, je fais comme si je dormais comme si j’avais rien entendu. Je sais qu’il ne m’a pas choisie et il me quitte et je jure que je recommencerai plus que l’amour c’est fini que je tire la plug pour au moins un an, que le prochain va en baver comme un gros sale.

 

mardi 29 mars 2011

Ils sautent dans un taxi et oublient tout avec le chauffeur qui rit de ses dents blanches.

Des fois quand la lune se met ronde en boule elle lui dit des choses.
Quand la lune est chatte comme une chatte qui se roule à terre ça rend fou ça donne soif.
Elle boit trop elle rit de ses pommettes ensuite elle pleure ça recommence.
Il ne sait plus trop quoi il s'énerve pourquoi elle peut pas se décider oui ou non.
Ils pleurent ensemble c'est trop fort.
Ils sautent dans un taxi et oublient tout avec le chauffeur qui rit de ses dents blanches.

Des fois quand les autres la serrent il se fâche bleu. Quand ils vont dehors tout est trop ça fait mal les garçons existent énormément.
Ils veulent tout pour eux tout seuls.
Les taxis sont des sorties de secours.
Ils restent dedans sinon, ils s'habillent en vêtements doux et sans coiffure. Elle elle met son déodorant à lui sans ça c'est trop terrible, quand elle va acheter du lait il lui faut un souvenir. Plus tard dans la journée elle regrette, les gens ne comprennent pas.

Il lui fait du café et lui demande s'il est assez chaud.

La nuit elle a son téléphone qui vibre souvent, c'est des choses qui arrivent.
On peut pas changer le vin en eau.
Faut essayer fort sauf.
Quand ça serre autant quand la peau est une prise quand on la sauve avec notre bouche quand après on s'en souvient, le goût, quand on a du courage et que rien n'est plus grave au fond, jamais.
Faut essayer fort sauf.
Quand la lune est ronde en boule qu'ils ont bu qu'ils ont crié et qu'ils disent que c'est beau que c'est ça.
Que pardon que c'est tout
Quand ils se caressent
Quand tout pourrait finir là que ça serait OK et je le jure que c'est vrai.

Ils sont couchés sur le plancher le prélart dans les os, c'est comme du camping il lui dit, c'est vrai, c'est tout ça pourrait finir là et ça serait OK et ils se caressent.

Jamais plus jamais plus on va se chicaner.

samedi 26 mars 2011

Les dés de la destinée.

Je viens de tomber sur mon vieux livre des dés de la destinée.
Avant je le faisais des fois une fois par semaine des fois une fois par jour (on a pas le droit à plus). Je capotais ça me donnait des réponses ESSENTIELLES à ma survie genre "je vais tu sortir avec" genre "je vais tu passer l'hiver" genre "je vais tu gagner un million dans les deux prochaines semaines". J'en avais vraiment besoin je le faisais avec grand sérieux tout le monde riait de moi mais ça marchait TOUJOURS je le jure c'était fou des fois ça faisait brailler.

J'y ai pas touché depuis des mois des mois des mois j'pense je suis heureuse ça veut dire j'pense j'vais le sacrer aux vidanges.

samedi 19 mars 2011

C'est comme ma sécheuse l'autre fois elle a cassé.

Holy crap que les gens me rendent mal à l'aise.

Hier j'étais assise au café en attendant d'aller travailler je mangeais encore un croissant à la pâte d'amande c'était plus fort que moi au pire j'ai pas soupé après.
Pis là y avait cette femme-là je la voyais pas, elle était dans mon dos, mais elle parlait fort fort fort elle parlait fort elle disait qu'elle avait prié Dieu de lui trouver un amoureux qui serait le contraire d'elle qui la compléterait elle disait que les anges lui avaient dicté des choses que son foie irradiait de douleur dans son ventre que sa massothérapeute était incompétente, ensuite y avait une annonce de balayeuse à la radio elle disait dans un même souffle oui oui je l'ai essayée mais elle marche mal c'est comme ma sécheuse l'autre fois elle a cassé pis là elle parlait avec la bouche pleine elle mâchait ça faisait plein de gros bruit sale dans ses dents elle mangeait INFINIMENT ça devait être une grosse grosse assiette. Elle a continué longtemps, elle disait que Grand Corps Malade faisait des rimes pour des rimes qu'un tel comédien paraissait bien mais chantait mal, que quand elle s'ennuyait de son ami elle mangeait son mets préféré à son ami (tiens ça c'est cute), pis je me suis mis à me demander qui qui pouvait bien être devant elle, peut-être qu'y avait personne en tout cas c'était une personne très discrète et très patiente, pas très volubile, j'ai regardé alors. Pis c'était un monsieur avec le dos courbé la tête sur le côté pleine de fatigue le regard dans le vide, qui prenait même pas la peine de dire han han, c'est pour dire, la femme était en train de lui dire toi dans la vie y faut que tu te décides que tu choisisses que tu te bottes les fesses allez allez et je sais pas c'qui m'a retenu d'aller le voir et de lui dire ouais hein quossé que tu fais là à l'écouter encore si tu t'en sacres vas t'en de là mais au fond j'ai pensé: peut-être que c'est Dieu qui lui a envoyé le contraire d'elle-même.

jeudi 10 mars 2011

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Je voudrais écrire à quel point j'aime mon amour à quel point on se donne des beaux becs à quel point on aime ça être tout nus à quel point on va s'aimer toujours je voudrais écrire comme je suis remplie comme tout roule comme tout se place comme la vie est smatte comme j'aime le monde la musique mais je suis trop fatiguée j'arrive pas à dormir jamais jamais ma face est rendue bleue pis y a plus personne qui me lit peut-être que c'est ma punition, on dirait que je suis ben découragée pis que je braille.

samedi 26 février 2011

Le mercredi pendant que tout le monde dort (part 2).


Le Dégueulton c'est un peu rendu comme ma maison. Quand je rentre à dix heures, que je mets mon manteau au placard, que la poignée graisseuse me glisse dans les mains pis que je regarde mon comptoir, j'ai un sentiment d'appartenance. C'est pour ça que ça me dérange pus de me coucher à six heures et quart le matin avec presque rien dans les poches quand j'ai de l'école le lendemain, pas pentoute, c'est juste comme si j'étais chez moi, que je recevais les gens à manger ou à boire, qu'ils repartaient contents.

Aussi à chaque fois c'est une nouvelle histoire, des fois meilleure, des fois pire, des fois laitte des fois totalement surréaliste des fois un peu belle.

Mercredi passé c'était fou. Y avait personne dans le resto comme souvent pis on entendait des bruits dans le sous-sol, alors là Guy, le cuisinier que j'adore trop a dit "y a des esprits icitte écoute écoute" pis au même moment la musique a monté d'un coup sec pis on s'est regardés comme what the fuck pis j'ai vu dans ses yeux qu'il avait tellement le goût de se pisser dessus de peur, alors j'ai sorti mon téléphone, j'ai joué à Angry Birds frénétiquement en sifflant du Joe Dassin très fort - je suis sûre que Joe Dassin c'est tellement beau que ça protège. Guy me posait plein de questions sur Angry Birds comme si c'était intéressant.

Ensuite le gars qui cherche une génitrice est revenu, ça faisait longtemps, depuis on est devenus chummés. Guy m'a regardée en voulant dire "yes yes tu vas être riche à soir toi" parce qu'il me tip toujours vingt piasses à peu près, mais je voulais pus rire de lui, je le trouve super fin au bout du compte, y me dit que je suis un ange tombé du ciel et ça me fait sourire je pense. On jasait pis nowhere, y m'a dit qu'il avait été interné à l'asile deux fois, une en '91 une en '97, qu'on l'avait gavé avec un tuyau, que personne voulait aller là à l'asile c'est certain. Après ça y était dans la lune, y a fini par me dire que moi aussi j'étais un peu folle, j'ai eu un frisson glacé.

Après ça un gars jeune et un peu beau est entré, les cheveux au vent les oreilles rouges, y m'a dit "j'ai pas d'argent je suis pété raide je sais pas où je suis je m'en vais à Côte-Vertu je sais pas comment" pis y avait l'air d'avoir envie de brailler à mort alors je lui ai donné un verre d'eau, j'ai sorti un papier et dessus je lui ai écrit les directions avec les heures de bus et tout et tout, de ma belle écriture. Mon autre monsieur me fixait en comprenant pas pourquoi je faisais ça pis je me suis juste dit "je le fais pour bien paraître pis me donner bonne conscience tiens toi" mais j'ai rien dit avec ma bouche j'ai feint l'indifférence, au moins l'écarté était content.

Un vieux vieux monsieur tout sec est entré vers les cinq heures du matin, y m'a dit qu'y était le père du gros avec les tatouages qui vient tout le temps - un autre mythomane parmi les mythomanes du Dégueul' - y m'a dit que sa petite fille avait seize ans et s'était déclarée lesbienne mais que c'était juste des enfantillages parce que c'était à la mode, que ça allait finir par se placer, y m'a dit "aussi je suis célibataire alors les petites danseuses je les connais bien toutes des filles à problèmes qui veulent rien que de l'argent facile mais anyways de nos jours l'avenir est dans les masseuses érotiques". Je lui ai pas fait ben ben de sourires à lui. En partant y m'a demandé quand je travaillais, je lui ai dit "des fois" pis y m'a dit qu'y reviendrait me voir, mais que j'avais pas à m'inquiéter parce que justement y revenait de visiter sa petite masseuses asiatique, une belle petite Thaïlandaise trop tight (sont ouvertes à toutes heures y paraît). J'ai tourné le dos j'ai vomi à l'intérieur (quoi, ça veut dire que s'il avait pas été la voir j'aurais été en danger?!?!?).

Mon dernier client a été encore celui qui cherche une génitrice qui est revenu pour déjeuner (y dort deux heures par nuit, top shape). Quand la serveuse du matin est arrivée pour prendre ma place, elle m'a dit qu'elle avait braillé toute la matinée alors j'ai bien bien nettoyé le restaurant avant de partir. Elle aussi je l'aimais pas avant mais finalement je l'aime, c'est juste parce qu'elle ménopause qu'elle est comme ça, elle dit qu'elle regrette sa vie, alors quand je repars chez moi et que je me couche dans mon lit je pense à elle, je me berce, ça m'empêche de dormir mais je dis "merci, merci, merci" plusieurs fois avant de passer out.

Le mercredi pendant que tout le monde dort (part 1).


Au début y a eu le gars qui est resté quarante-cinq minutes aux toilettes on savait pas quoi faire y est tu mort y a tu juste la diarrhée peut-être qu'il a vomi partout partout, une chance y avait le beau gars en face du comptoir avec ses livres qui ont l'air pleins de sublimes choses pour aller cogner à la porte pis nous dire qu'y vivait encore.

Ensuite encore après longtemps le gars est ressorti, y suait dans sa face blême, y s'est assis et s'est endormi immédiatement dans son pâté chinois. Milou est allée le réveiller pendant que je me cachais en arrière du comptoir pour pas rire, y lui a dit (ça lui a pris cinq à six minutes en tout) que c'était ses médicaments. Ensuite y a mangé une bouchée ensuite y s'est rendormi ensuite y a pris une autre bouchée ensuite y s'est rendormi et ainsi de suite comme ça. Puis y m'a commandé un dessert et ça a été la même histoire comme on sait et puis un autre dessert et encore et un autre dessert et encore, je crois qu'y en aurait pris un quatrième mais y s'est gardé une p'tite gêne.
Après trois heures de narcolepsie y a fini par se lever, j'avais peur qu'y meure en chemin jusqu'à la caisse ou qu'y fasse caca.

Après ça mes amis sont venus me voir, j'ai brûlé des toasts, j'ai splashé de la mayonnaise partout mais c'était drôle ça faisait prout prout. René est arrivé et s'est mis à parler de l'église de la Pentecôte et du péché originel, Momo l'écoutait attentivement je sais pas comment elle faisait honnêtement j'avais pitié. Un monsieur m'a commandé deux morceaux de gâteau au chocolat dans la même assiette et en a mangé le quart d'un, je lui ai demandé s'il avait vraiment fini parce que ça me faisait de la peine, cinq piasses chez le diable pis un gâteau mouillé dans poubelle, y m'a dit que oui pis qu'y voulait pas l'emporter parce qu'y avait pas de frigidaire, j'me suis dit tiens tiens c'est bizzare mais pas plus que ça parce que je pensais au narcolepsique. Ensuite le monsieur s'est levé et a dit qu'il recrutait pour des enfants, on a dit recruter quoi? y a dit une génitrice pis y est parti en me laissant dix piasses de tip, j'me suis dit que peut-être s'il en laissait moins y pourrait s'acheter un fridge.

Deux heures plus tard y est revenu pour manger un gruau, y me regardait drôle y m'a dit qu'il aimait les hanches et qu'il en voulait pour sa génitrice et qu'il voulait qu'elle ait un polichinelle dans son tiroir j'me suis dit cibole y va chercher longtemps. Y m'a encore laissé 6$ de tip en partant pis y est revenu une demi-heure après en me regardant encore plus drôle, fuck à soixante ans y devrait pas se faire d'idées.

Pendant ce temps-là y a Nanou et Dadou qui sont venus me visiter un peu chauds pour de la poutine, je leur ai promis un crème soda si y restaient avec moi jusqu'à la fin de mon shift mais y m'ont dit que Dadou était allergique au pétillant alors je leur ai payé un café pis on a fait les mots-croisés du brand new journal of the day pendant quatre heures de temps. Ça me relaxait parce que durant ce temps-là, les gars parlaient avec René, alors j'avais pas besoin d'écouter sa fatiguance son intolérance absolues, pis en plus y sont smattes.

Quand l'autre waitress est rentrée à six heures du mat' tout est devenu brun d'un foncé certain. Je l'aime pas trop, elle dit que personne l'appelle "ma belle" elle pis qu'elle est "ben tannée de tsa". J'me dis que si a souriait un peu ça l'aiderait. Elle m'a forcé à remplir les sucriers déjà pleins pendant que je dormais sur le comptoir les pieds en sang, j'ai eu un peu pitié d'elle mais je l'ai fait.

En gros, j'aime ma job.

mercredi 23 février 2011

Mon amie.


Mon amie est libre, mon amie s'en va loin pour devenir multiple et devenir culturelle pour absorber l'internationalité. Elle s'en va avec son Blue Boy Love dans un avion et ça fait longtemps qu'on sait qu'elle va le faire, c'est ce qu'elle avait demandé après tout c'est ce qu'elle doit faire. Elle apprendra les langues elle maquillera son visage et ses lèvres de couleurs vives ses cheveux s'allongeront jusqu'au ciel et la terre, elle chantera haut et fort, un jour je la verrai quelque part sur un écran et je pleurerai de joie en silence.

Mon amie est meant to be, jamais vu un feu comme ça, c'est une sorcière je le sais on en parle souvent et si on avait été là on se serait fait brûler au bûcher. Mon amie voit ce qui est, elle voit tout elle ressent tout et on ne parle pas tout le temps et c'est bon.

Et si vous saviez comme tout est beau comme elle est belle et c'est pour ça que je la laisse partir sans chiâler, bye bye bye bye tu vas nous manquer et je pleure de joie et de peine en silence.

jeudi 3 février 2011

Peut-être que les amantes sont comme des louves ou des lionnes ou des chiennes je sais pas.

Ça arrive surtout le jour où t'as mis tes bottes de poil le jour où t'as un bouton le jour où t'as des traces de lunettes sur les ailes du nez où tu te demandes estie pourquoi donc que j'me suis habillée de même.
Ça arrive.
Tu marches t'as tes écouteurs pis tout d'un coup ta tête se tourne toute seule pour regarder quelque part quelqu'un tu sais pas qui, y a une face là-bas qui shine, c'est épouvantable, les dents surtout, une face qui semble belle, de loin du moins, tu reconnais pas t'as pas tes lunettes mais tu la regardes et c'est la même chose de son bord, elle a ses écouteurs elle voit pas trop bien mais elle regarde, c'est plus fort c'est comme fatal la tête à quatre-vingt-dix degrés le pas qui ralentit.
Elle reconnaît en premier, elle fait salut, t'es soulagée de quoi t'aurais eu l'air.
Tu sais toujours pas mais t'as des émotions, tu t'approches, tu finis par comprendre.
C'est elle. C'est l'autre tiers de l'histoire de trois ou peut-être le quart de l'histoire de quatre ou le cinquième de l'histoire de cinq ou même beaucoup plus (moins) c'est dur à dire dans ces cas-là.

C'est comme ça, les filles qui se sont partagé un gars elles sont liées, même sans le savoir, elles se respirent elles se repèrent à distance. Peut-être que les amantes sont comme des louves ou des lionnes ou des chiennes je sais pas, des animales en tout cas.

Tu te demandes comment elle va te regarder est-ce qu'elle a vu ton bouton tes bottes poilues tes grosses cuisses est-ce qu'elle va chercher des cassures dans ce que tu vas dire est-ce qu'elle va rire avec ses amies tantôt ah ah ah si vous l'aviez vue la pauvre.
Parce que contrairement à toi elle est une petite petite perle ovale que tu peux rouler dans la main, elle est douce et pure et chaude et petite petite surtout elle est du vent elle est légère sa voix est une merveille elle sent bon la poudre à bébés.
Tu te dépêches, tu regardes par terre les poils sur tes bottes ensuite les siennes en cuir vernis sans tache puis ses cheveux t'es gênée, tu lui dis qu'elle est belle parce que c'est vrai, c'est comme un drapeau blanc, et le mieux c'est qu'elle a pas l'air fâchée plutôt elle sourit, ça semble brillant au-dedans d'elle tout comme au dehors.
Mais le pire c'est l'après. Tu la revois en image, son petit corps sa peau fine ses dents ses vêtements tout est parfait tout tout tout et on peut la tenir d'une seule main.

C'est vraiment poche d'avoir été la plus laide des deux ça rend fou mais je leur pardonne.