Maintenant, emmène-moi chez Jérémie parce que j’ai trop envie de toucher à ta ceinture avec mes maudits doigts-roseaux s’il-vous-plaît vil-sous-plaît j’ai les idées pas claires claires. Reconduis-moi dans ton camion voul-pi-slaît vous habitez dans le même quartier de toute façon pour faire exprès. Embarque-moi dans ton raccompagnement sur roues 4 X 4 avec le break à bras pour nous séparer les cuisses.
jeudi 4 novembre 2010
Avec le break à bras pour nous séparer les cuisses.
Maintenant, emmène-moi chez Jérémie parce que j’ai trop envie de toucher à ta ceinture avec mes maudits doigts-roseaux s’il-vous-plaît vil-sous-plaît j’ai les idées pas claires claires. Reconduis-moi dans ton camion voul-pi-slaît vous habitez dans le même quartier de toute façon pour faire exprès. Embarque-moi dans ton raccompagnement sur roues 4 X 4 avec le break à bras pour nous séparer les cuisses.
jeudi 21 octobre 2010
Charlie aime plus être nus pieds.
(Exercice de littérature jeunesse, pour treize ans ou alentours mais je me souviens plus trop ce que c'est que d'être treize ans...).
C’est toujours la même chose avec Charlie. Il a un caractère de cochon, non, de loup. Il est toujours en tabarouette quand la lune s’en vient pleine, j’ai remarqué. Du coup il me prend pour acquis, il me crie après que je l’énerve, que je comprends que dalle, que je suis bonne à rien en ce qui a trait au basketball et moi j’ai envie de plus être son amie jamais.
J’ai échappé le ballon, c’est pour ça.
J’ai fait à semblant que ça me faisait rien, je lui ai dit d’aller manger son lunch chez le diable, mais je suis allée me cacher dans la toilette pour pleurer en paix. Il comprend pas ce que c’est que d’être une fille, il comprend pas que les règles c’est pire que les lunes, que moi mes hormones grimpent dans le 100 volts en même temps que la lune devient enceinte, que je me sens enflée et nulle, que j’ai plus de peine que lui mais que j’ai juste moins de voix. Je suis pas un loup de lune moi je suis une brebis. Une brebis menstruée.
On dirait que plus Charlie vieillit, moins je le connais. Depuis qu’il commence à changer de voix, je crois qu’il commence aussi à changer de tête. Dans le sens de cerveau, pas de cheveux. Ses cheveux sont encore pareils, comme du blé de champs qui sent le caca de vache. Il a un nouvel ami qui s’appelle Mathias. Cibole. J’ai jamais vu pareille cruche. Mais il porte des Vans et je crois que c’est sa seule qualité.
Peut-être que Charlie a oublié le temps où on jouait nus pieds et que ça nous dérangeait pas.
samedi 16 octobre 2010
Est-ce que j'peux te mettre dans un gâteau des anges.

vendredi 15 octobre 2010
(Si vous me croyez pas, je ris dans ma barbe à go.)
Ma soeur croit en rien.
C'est notre sujet de chicane principal.
On s'aime full, on se ressemble full, mais elle rit tout le temps de moi là-dessus.
La semaine passée, on soupait avec ma mère pis on parlait d'une voyante à Rimouski, qui est supposément tellement écoeurante qu'elle aide la Sûreté du Québec à résoudre les enquêtes. J'aime ça moi, ces histoires-là. J'suis peut-être un petit peu trop intense, mais ça me fascine oké.
On s'est jamais engueulées si fort, ma soeur voulait rien savoir. Pis tout d'un coup, j'ai eu un gros feeling. Je l'ai regardée, drette dans les yeux, pis je lui ai dit:
- Tu vas voir, cette nuit, tu vas voir un fantôme.
- Ben voyons donc, cette nuit? t'as tellement pas rapport.
- Peut-être pas cette nuit, mais cette semaine. Tu vas voir de quoi qui va te faire croire en que'que chose.
Pis c'est resté demême. Le lendemain matin, elle m'a imitée en riant comme une maudite, mais je m'en foutais. Pis elle est partie en vacances en Gaspésie.
Elle est revenue hier soir. Avec des gros yeux.
Moi, je venais d'avoir un vingt-quatre heures des plus fucked up avec des rencontres fucked up, des coïncidences fucked up, etc.
- J'ai de quoi à te dire...
Pis elle m'a raconté qu'elle était embarquée avec une inconnue pour rentrer à Montréal. Pis que l'inconnue avait habité à Rimouski pendant plusieurs années, pis qu'elle lui avait raconté des affaires. Elle avait l'air sonnée, j'me demandais ben qu'est-ce qu'elle lui avait dit.
(Si vous me croyez pas, je ris dans ma barbe à go.)
La femme qui a ramené ma soeur à Montréal a habité dans le bloc qui appartenait à la voyante de Rimouski. La voyante qui aide la Sûreté du Québec. La voyante que je veux aller voir la semaine prochaine. La voyante pis toutte là.
Mais ma soeur lui a rien dit là. C'est de fil en aiguille qu'elle l'a su, quand la madame lui a raconté que la vieille fuckée à qui elle allait payer le loyer quand elle avait vingt ans pouvait lui raconter ce qui s'était passé, de A à Z, dans une de ses journées quelconques à elle, sans même la connaître. Qu'elle avait deviné des affaires pas possibles.
Pis qu'elle-même avait vécu des affaires pas possibles, à part de la voyante. Qu'elle était bombardée de coïncidences, de signes, de prémonitions.
- Pis, tu crois-tu là?
- Ben... non. pas tant que j'ai pas vu par moi-même. Mais c'est fucké... tsé, la madame elle avait pas l'air d'une ésotérique ou rien, elle était ben normale, même qu'elle travaillait en santé mentale pour aider les schizophrènes. Une vraie madame clean... me semble qu'elle m'aurait pas menti... hein? Ah... pis en passant, j'ai un vidéo à te montrer, sur les ovni... C'est fou là, tu vas voir tu vas capoter...
Hé. Hé. Hé.
lundi 4 octobre 2010
Tam di di di di dam.
Y a des soirs de même. Y a des soirs qui succèdent à des journées de même. T’as beau faire n’importe quoi de gigantesque comme sauver la planète ou torcher une sauce à spag trop bonne, y a rien qui te met de bonne humeur vraiment. Tu t’entoures, tu te colles avec du monde que t’aimes, tu leur fait goûter ta sauce à spag trop bonne, y te disent qu’elle est trop bonne, après ça tu manges une soupe aux légumes qui goûte l’automne, mais t’es toujours pas de bonne humeur vraiment. Ni toi ni les autres. Y fait beau pis toutte là, mais non. Pis là, les journées de même se couchent, pis toutte explose. Tu te fais choker par ton meilleur ami qui est supposé s’en venir te trouver, ça fait deux semaines tu l’as pas vu, tu te dis qu’y t’aime pus, Marie-Michèle se fait appeler par sa meilleure amie qui vient de se faire sacrer là par son chum qui est un salaud, ça crie dans le téléphone, pis ton autre amie s’en va consoler un autre meilleur ami qui se tappe une dépression solide, qui est en train de devenir aussi gris qu’un cendrier, mais que c’est à soir qu’y s’en rend compte, ta sœur revient de travailler en braillant, tu sais pas quoi faire, elle veut pas te parler pis y a Occupation Double dans la télé en même temps qu’elle s’ostine avec sa meilleure amie dans l’téléphone.
C’est pas la pleine lune.
Y a quelque chose dans l’air.
Je suis toute seule, tout le monde est malheureux tam di di di di dam.
Qu’est-ce que j’peux faire.
J’vais aller essayer de me faire partir avec l'eau du bain.
vendredi 24 septembre 2010
Les clôtures (fragments de journal de Boubidouwap).

(Exercice atelier de littérature jeunesse).
Aujourd’hui, on m’a posé une clôture.
Une clôture en fer, une clôture piquante, une clôture malaisante, directement sur les dents. D’en haut et d’en bas. J’ai de la misère à dire trois mots en ligne, l’intérieur de ma bouche est tout percé, ça fait un mal fou et je peux pas sourire parce que j’ai honte. Même la bouche fermée, c’est laid, ça paraît. Et je bave. On m’a dit « tu verras, ça va être beau après, tu regretteras pas »
- C’est quand après?
- Dans trois ans.
J’ai quatorze ans, j’ai jamais frenché et on m’a posé une clôture à bouche. Une clôture à vie. Je vais aller nager pour faire passer ça.
***
Le trottoir est gris. Je sais pas grand chose dans l’existence, mais ça je peux le dire, parce que depuis la clôture, je le regarde tout le temps. Tout. Le. Temps. À matin, j’ai plongé un peu plus le menton dans mon collet que d’habitude, ça faisait mal sur mon corps. Vis à vis mes côtes, vis à vis mon cœur, sous mes bras un peu, ça faisait mal.
J’ai deux seins qui poussent. On dit qu’y a rien de grave dans la vie, que tout peut s’arranger. Je vois pas comment je pourrais arranger ça. C’est un one way vers l’irréparable. Ça m’écoeure, je m’écoeure.
J’ai levé les yeux, deux secondes, juste le temps de voir marcher une fille, en sens inverse.
Une vraie fille, je veux dire. Une fille-cerise-et-crème-fouettée. Avec des seins de fille et tout et tout, d’une grosseur à ne pas négliger. Ses fesses bougeaient, de gauche à droite, avec comme une courbe de demi-lune couchée entre les pas. Ses cuisses et ses mollets étaient fermes sous ses collants.
Ses lèvres étaient rouges.
Ses talons étaient hauts.
Sa gomme avait l’air bonne.
Ses cheveux étaient doux, on aurait dit.
Ma journée est gâchée, pour toujours. J’ai deux seins qui poussent, une clôture à bouche et bientôt, je ressemblerai à ça. J’aurai une sacoche, des yeux de biche et un anneau dans mon doigt. Je vais aller nager pour faire passer ça.
***
J’ai fait quatre-vingt-dix longueurs aujourd’hui et j’ai rien avalé de la journée. C’est mon record de tous les temps. Je n’ai plus faim ni rien. Les gens mastiquent, digèrent, et ça me rend incroyablement mal à l’aise, surtout quand les morceaux de patates restent pris dans mes clôtures, surtout à la cafétéria. Peut-être que si je mange moins, mes seins vont rapetisser, peut-être que je disparaîtrai et n’aurai jamais besoin d’épouser un gars qui a du poil dans le dos. Hier, et c’est la honte, y a une fringale qui m’a pris et j’ai mangé deux petits gâteaux en deux bouchées. Papa a dit « fais attention à tes fesses, ça va direct dans les fesses ces affaires-là », j’ai repensé à la fille-cerise-et-crème-fouettée croisée sur la rue le premier jour où mes seins ont grossi. J’ai voulu aller me faire vomir, mais y a rien qui a sorti et ça a fait mal. Alors tantôt, quand je suis revenue de la natation, j’ai pas soupé. Mom m’a suppliée, ensuite elle s’est mise de dos et a pleurniché un peu. En tout cas, j’ai entendu son nez couler pendant qu’on faisait la vaisselle, mais j’ai pas osé regarder, j’ai siffloté « L’Été Indien». Papa a rien vu non plus, parce qu’il regardait les nouvelles, qui sont plus intéressantes. Je le jure sur ma tête que j’avais pas faim pour de vrai.
***
Ça fait quatre jours que je suis allée voir Docteur Leblanc, qui a des moustaches dans les narines. Mom trouvait que j’étais trop maigre et que je ne mangeais plus. Il a dit que c’était vrai, que je devais absolument engraisser. Je sais pas quelle sorte de yeux il a ce con, parce que, vraiment, en toute honnêteté, j’aurais encore quelques livres à perdre. Peut-être cinq. Mais la vie est une vache, parce que c’est ce que je me dis depuis quelques mois déjà ; cinq livres ; mais à chaque fois que je les perds, je vois pas où elles sont parties. Bref, il a dit que si je prenais pas de poids d’ici deux semaines, il m’envoyait à l’hôpital des filles qui mangent jamais. Aujourd’hui, j’ai avalé cinq bouchées de pâté chinois sans mastiquer, ça m’a fait mal à l’âme, mais je veux pas y aller, à l’asile. Tout de suite après, j’ai mis la gaine de Mom, une sorte de clôture à bourrelets. J’ai l’impression d’être molle et grasse comme un milkshake aux bananes. Mais je pense à l’asile et ça me soulage un peu.
***
J’ai fait cent longueurs aujourd’hui.
J’ai mangé une salade au poulet et un morceau de lasagne.
Sept livres en plus, et tout le monde me félicite sur ma mine en beauté. Je comprends rien, mais ça me fait sourire pareil (sans montrer les dents, bien sur). Je me console en me disant qu’il me reste juste deux ans et deux mois avant qu’on m’enlève mes clôtures qui me rendront un peu jolie. Et aussi, à part que les trottoirs sont gris, je crois que j’ai compris une autre affaire à l’existence. Je pense – en fait je suis sure, même si ça sonne un peu quétaine – que j’en ai pas fini avec les clôtures, en général. Que je devrai peut-être même faire connaissance avec les barbelées, les électrocutées, et aussi les haies de cèdre, les forêts sombres et les labyrinthes. Mom dit que chaque chose, chaque expérience de vie, risque de faire un petit peu mal, mais que c’est comme ça qu’on apprend à être heureux. Ça me fait chier, quand elle le dit ; elle fait comme si j’avais rien compris et en plus ça me rend découragée. Mais y a toujours les gaines à bourrelets et les collets de manteaux qui sont là pour nous donner un minimum de courage.
J’ai hâte de voir si un jour, j’aurai envie de frencher. Parce que pour le moment, j’ai comme une pas pire peur de donner un choc électrique ou de faire une coupure à quelqu’un si j’essaie. De toute façon, ça me tente pas vraiment, ni pour les bouches, ni pour les dos poilus. Je l’ai dit à Mom tantôt et elle a ri, ça faisait longtemps. Mais papa a rien vu, parce qu’il regardait les nouvelles, qui sont plus intéressantes.
J'aime ma vie pis les texto à trois heures du mat'.
J’aime ma vie.
J’aime me rouler cinq fois par jour dans mes couvertes qui font une montagne pleine de plis avec des épaisseurs variables-multicolores qui fittent pas ensemble.
J’aime mes bancs d’école, j’aime aller m’y asseoir avec Samimo quand j’ai brossé pis que j’ai pas eu le courage de me maquiller. Même si retourner à l’école, ça fait comme si j’avais pas réussi, même si des fois le monde fait des drôles de faces quand je leur dis. J’ai vingt-trois ans.
J’aime embarquer dans le truck avec des rockeurs pour Rouyn-Noranda. J’aime chanter dans des salles avec des balcons décorés.
J'aime prendre des bains trop bouillants qui brûlent, j'aime rajouter de l'eau chaude avec mon gros orteil toutes les cinq minutes pour avoir la chair de poule sur mes bouts de cuisses qui sortent de l'eau.
J’aime vivre avec plus de mots que de gestes. Je préfère regarder et trouver des surnoms au monde dans ma tête que de parler. J’aime être une succession de phrases assorties comme des pointes de pizza, une hawaïenne, une au poulet, une au peperoni-fromage pis une juste avec de la sauce tomate.
J’aime penser en poèmes, pis courir pour arriver chez nous parce que ça monte ça monte, pour être sure de pas rien oublier.
Ma tête est comme un seven-up.
Les bulles montent à la surface et après y en a plus, sont perdues. Faudrait que je mette un couvercle.
J’aime changer d’idée à toutes les demi-heures. C’est pas parce que j’aime pas pour de vrai, juste parce que j’aime trop pis plein d’affaires.
J’aime ma vie avec de l’amour croche qui fait rire tout le monde.
Entre faire rire ou faire pleurer, je préfère numéro 1.
Mais j'aime avoir de la peine une semaine ou plus par mois, j'aime vouloir me sacrer en bas du balcon, j'aime que ça ne dure que quinze minutes ou moins par mois.
J’aime m’exploser la tête avec des cafés au lait pis du vin de dépanneur. J’aime le moment où on tombe tout étourdi, où on a les joues rouge et le hoquet.
J’aime ma vie pis les texto à trois heures du mat’. Réveillez-moi, le plus souvent possible.
Réveillez-moi.
Michel.

J'faisais du pouce dans le coin de Drummondville pour me rendre à une gig. J'étais vraiment mal prise, je fais jamais ça d'habitude, j'ai peur des détraqués. Y pleuvait, y avait un arc-en-ciel de la même couleur que ma valise pis mes cheveux frisaient tu seuls. C'est Michel qui m'a ramassée, un beau grand quadragénaire bien entretenu.
« J’t’avertis tu suite, moi j’arrête pas dans vie
j’dors jamais
j’suis un robot, une machine
un voyageur, un amateur de toutte.
J’ai fait du théâtre pendant dix ans pis du karaté itoo j’étais dans les meilleurs de ma catégorie mais ma mère m’a clanché jusqu’à l’âge de dix-huit ans c’était une vraie féministe ma mère tsé une tough après ça j’ai été dans la marine tsé les gars là-dedans c’est touttes des gorilles moi j’suis pas de même j’étais pas mal tanné j’ai lâché ça après ça j’ai été ingénieur sur des grosses machines qui fabriquent d’autres machines mais tsé j’suis tombé en bas d’un ascenseur je me suis toutte cassé le corps en morceaux pis j’ai été dans le plâtre une couple de mois mais ça faisait pas mal j’te jure je me suis jamais plaint regarde-moi astheure astheure je suis toutte d’un boutte plus en forme que jamais d’ailleurs j’t’ai pas dit ça j’ai été un champion de rodéo aussi mais c’tait trop compétitif hey excuse-moi j’parle beaucoup pis toi pis toi?
- Ben…euh…j’sais. pas. trop…
- Eille ça me fait penser à une autre affaire tsé moi j’ai voyagé dans toutte le monde pis un jour j’me suis ramassé instructeur de plongée sous-marine j’t’ai dit moi y a rien qui m’arrête pis une fois j’me suis noyé je suis resté vingt minutes mort mais je pense un petit peu plus parce que je flottais sur la mer depuis un bon boutte quand y m’ont trouvé j’étais noir comme un dash de char ça c’est la deuxième fois que j’suis mort parce qu’à dix ans j’tais mort itoo après avoir avalé des médicaments pas clean dans la pharmacie de la mère de mon amie quand y m’ont réveillé y fallait pas que je dorme pendant vingt-quatre heures ça fait que mon amie m’a chanté des chansons pendant vingt-quatre heures non-stop pis a chantait tellement mal que j’ai pleuré pendant vingt-quatre heures mais j’ai pas dormi tsé j’tais sauvé en passant la vie après la mort c’est d’la bullshit j’te jure qu’y a rien qui s’passe quand t’es mort rienque du noir hey excuse-moi j’parle vraiment beaucoup trop pis toi pis toi?
- Hum… ben…
Eille cibole j’ai oublié de te raconter le plus important moi présentement je suis en convalescence j’ai eu une bactérie dans mon corps ça arrive à une personne sur un million pis c’t’à moi que c’t’arrivé quand y m’ont ramassé je perdais ma peau tellement j’tais déshydraté astheure j’peux p’us manger rien de gras rienque d’la crème dans mon café sinon j’va’s crever de tristesse là j’te dis j’suis comme un cardiaque mais y a rien qui va m’arrêter moi j’suis encore à l’école je veux réinventer ma vie tout l’temps tout l’temps présentement je veux être menuisier pis luthier moi j’fais des guitares c’est comme mes bébés je les aime plus que toutte au monde à part peut-être la pêche à la mouche qui est le plus beau sport que l’Seigneur ait inventé pis aussi le blues qui est la plus belle musique ever hey excuse-moi j’parle vraiment beaucoup beaucoup trop pis on vient d’arriver veux-tu que j’t’aide pour emmener ta valise arc-en-ciel non bon j'te jure c’était vraiment un plaisir de jaser avec toi tu reviendras j'suis pas sorteux merci vraiment un plaisir hein.
- Moi aussi Michel. »
mardi 24 août 2010
Han han, han han.

J'travaille au Dégueulton, une fois d'temps en temps, quand j'ai besoin d'argent. C'est pas le genre de place où tu te vantes de travailler, c'est pas prisé en ville, c'est pas coté, rien. Même que j'te dirais que c'est plutôt glauque, quand t'es pas habitué. Y faut un entraînement, un genre de laissez-passer, sinon tu ressors de là un peu à côté, d'la track, je veux dire.
Depuis vingt ans, ça a pas changé, c'est un Martin qui me l'a dit, le premier shift qu'j'ai travaillé.
«La dernière fois chu v'nu icitte, c'tait en 1988, pis c'tait la même câlisse d'affaire».
Moi ça me plaît, les banquettes trouées, les murs graisseux pis les vieilles affiches.
Au bar, t'as les pervers-mythomanes. C'est pas une joke, ils le sont tous. Moi je dis pas un mot, je dis «han han», j'boutonne ma chemise au ras du cou, juste au cas où. J'essaie de voir dans leurs yeux si y ont pris d'la coke, ou quoi, parce que sérieux, à les écouter, y connaissent toutte, tout le monde, pis y ont voyagé pis y ont toutte faitte.
Je chante toujours en travaillant, c'plus fort que moi. Quand ils m'entendent, veulent m'en passer des vertes pis des sucrées pis des surettes, genre y ont chillé avec les grands, yont une Fender Strat' pis y jouent souvent. Moi je dis «han han, han han».
J'mets les numéros de téléphone dans poubelle, pas dans mes poches.
Quand y m'demandent si j'vais rappeler, j'leur dis «pas sur mon grand, sauf qu'tu peux rev'nir déjeuner».
Mais c'qui est l'plus intéressant, c'est qu'cette place là me fait en dedans comme le plus grand bien. Quand je m'installe à mon comptoir, que j'mets mon poste préféré, que j'vois rentrer les habitués,
Y a une nostalgie délicieuse
comme une volupté
qui me prend.
Un vide se fait dans ma poitrine, y a des étoiles qui rentrent dedans.
J'savoure le temps qui passe pas vite, pas vite.
Pis je souris à mes clients.
J'leur offre mon oreille
Pis un bon café filtre
Pendant que s'lève le soleil.
J'leur dis «han han, han han».
J'pense que ça commence bien leur journée.
Pis honnêtement.
La mienne autant.
samedi 21 août 2010
Pour Amélie.

Je connais tes couleurs
C'est pas d'ma faute si je te sais par coeur
J'voulais faire comme avant
Quand on s'habillait pareilles
C'pas qu'on est vieilles, mais ça va faire longtemps
Qu'on porte p'us des foulards
Des mailles démodées
Qu'on achetait au Village des Valeurs
Qu'on fume p'us dans ton char
Des cigarettes roulées
Tu sais.
Faut qu'j't'avoue que des fois
Ça m'arrive de m'ennuyer
Est-ce que la prochaine fois
J'peux penser à t'appeler?
Toi t'as jamais eu peur
La première à sauter
Moi j'te suivais les yeux presque dans l'beurre
Dans l'fond quand j'regarde ça
Les choses ont pas changé
Même que j'me sens encore plus p'tite qu'avant
J'ai sorti mes foulards
Pas l'courage d'les jeter
Ni d'les donner au Village des Valeurs
Pis parlant d'cigarettes
J'ai pas encore arrêté
Tu l'sais.
Faut qu'j't'avoue que des fois
Ça m'arrive de l'échapper
Est-ce que la prochaine fois
J'peux m'en venir te trouver?
J't'ai fabriqué une toune
Je connais tes couleurs.
mercredi 4 août 2010
Cette journée n'est pas normale.

6 heures et quart, le soir me pogne
Les métros sont bloqués
Tous, sauf le mien
Jarry - Beaubien
Infiltration d'eau, y pleut à sieaux
Dans Berri-Uqam
«Cette journée n'est pas normale»
Mon parapluie est bien trop lourd
Plus le poids d'lair, c'est pas malade
La rue est crade
J'veux un café
J'en ressors un peu rassurée
Un vieux coké fonce
Sur tout c'qui bouge
Y m'rentre dedans.
Je tombe à terre.
Mon parapluie, mon foulard rouge
Mon latté-double
Toutte sacre le camp
Dans les craques du trottoir.
«T'aurais au moins pu t'excuser»
Mais y est déjà trop tard
Cette journée n'est pas normale.
Josianne a son poncho d'pluie
Les plans sont flous, on suit la vibe
Y'a des étincelles dans le gris de la nuit
En attendant, une sangria
Comme un orage dans le désert
On compare la couleur des auras
Du monde qui commande leur dessert.
Josianne est bleue, y a rien d'plus clair.
Comme son «Blue Boy, love (...)»
Y a qu'à regarder son chandail pis son cellulaire
Tout s'emboîte, comme un casse-tête.
Pis moi c'est rose, la même affaire.
L'amour nous coule par les yeux.
La nuit a les bleus
Messemble que les signes en ont long à nous dire à soir
C'est c'quon se dit
Au moment même où dans le noir
La pluie se met à tomber
Plus fort.
lundi 2 août 2010
Une vieille affaire qui cherche encore d'la musique (pour danser).
À peine assez pour un café
La table du fond, comme un chez moi
Parce que j'ai nul part où aller
Dehors ça s'meurt, ça arrête pas
Y a tu que'que chose qui vit en moi
En plus l'hiver s'en va tomber
J'ai déjà la chienne d'y passer
Cassée
De dedans comme dehors
Cassée
Devant l'soleil qui brille pas fort
Hier nuit
Dédé est même venu me voir
Crashée comme un trou noir dedans ses bras
J'ai pensé qu'j'en reviendrais pas
J'regarde dehors juste au cas où
Rien qu'un sourire ferait pas d'tort
Un p'tit bonheur de l'autre bord
Un coup d'vent qui ramasserait tout
J'ai p'us une cenne pis p'us d'amour
J'fume clope sur clope pour compenser
J'm'accroche à c'que j'peux pour que'que jours
Promis après, j'vas arrêter
Cassée
De dedans comme dehors
Cassée
Devant l'soleil qui brille pas fort
Hier nuit
Dédé est même venu me voir
Crashée comme un trou noir dedans ses bras
J'ai pensé qu'j'en reviendrais pas
Cassée
Du travers comme du tort
Cassée
Comme un grand vent dans mon p'tit corps
Cassée, pas une cenne
Cassée, pas d'veine
De veine.
Au moins ici y fait moins frette
Pis j'ai une chanson dedans ma tête
Toutte mon p'tit change y aura passé
Mais y a que'que chose qui va rester.
jeudi 29 juillet 2010
All you need is love.

La fille a passé la journée a squatter le profil Facebook du gars.
Elle a regardé toutes ses photos, lu tous les commentaires des filles, s'est demandé lesquelles couchaient avec pis lesquelles non. Ensuite, elle a squatté les profils de celles pour qui elle avait décrété oui.
C'est du sport, pareil.
Elle a raconté l'histoire à cinq personnes.
«Là, il m'a dit ça, pis il m'a écris ça. Oui, on a couché ensemble, mais il m'a dit qu'il faisait jamais ça avec des inconnues d'habitude. S'il m'a donné son numéro, ça veut-tu dire qu'il est intéressé? Combien il faut que j'attende de temps avant de rappeler?»
La règle: il faut attendre trois jours avant de rappeler. Donc si tu appelles le lendemain, t'es un loser. Si tu rappelles le surlendemain, t'es un loser. Si tu attends les trois jours réglementaires, la personne sait que tu connais la règle, elle est pas cave là, fa'que a sait que t'es intéressé pareil, fa'que t'es un loser itoo. Si tu attends plus longtemps, t'as manqué l'bateau, a connaît même p'us ton nom ni ta face ni rien, bonne chance.
La question à te poser, c'est d'abord et surtout combien de temps t'es prêt à attendre avant de laisser un message sur sa boîte vocale, pis de passer la semaine d'après à emmener ton cellulaire dans chambre de bain pis à dormir avec sans qu'y sonne une seule fois.
Tu peux aussi te fier sur la règle: s'il te donne son numéro mais ne prend pas le tien, il est pas intéressé. C'qui est poche, c'est que je sais plus trop si l'inverse est inversement proportionnel. Ni qu'est-ce qui arrive avec les exceptions.
Tu peux toujours te référer à l'honorable «He's just not that into you» pour détails supplémentaires.
C'est platte. Je sais que tout le monde parle de ça là, en riant même, mais moi je regarde les gens autour de moi s'étioler de non-amour pis ça me fait mal. On passe notre temps à faire à semblant qu'on se sacre de la personne qu'on voit dans not' soupe. On répand à tous vents des niaiseries comme «rien se devoir», «pas d'attentes», «prendre notre temps», on y croit pas, pas personne, si oui qu'il se lève.
J'ai eu un coup de foudre l'autre jour à la SAQ St-Denis/Duluth pour le petit caissier (vous pouvez lui dire, ça me dérange pas). J'ai faitte comme si je l'avais pas vu pis je suis passée à l'autre caisse en regardant mon menton. Fallait pas qu'y me voit rougir, c'est trop pathos d'être vulnérable.
Ce dont j'ai le plus peur, dans tout ça, c'est de perdre la foi.
J'ai peur de plus avoir de spring dans l'coeur, peur de me déclarer vaincue d'avance à chaque fois, de m'économiser, de me détacher, de ne pas me commettre, de baisser les yeux, de ne plus espérer l'inattendu. J'ai peur de commencer à croire qu'on est tous des trous d'cul.
Je suis la personne la plus naïve que je connais.
Au secondaire, les coups montés étaient faits sur mesure pour moi.
Encore aujourd'hui, les gens me font à croire n'importe quoi, ils trouvent ça cute qu'ils disent, ça les fait rire, moi ça me fait péter ma coche.
Mais je suis contente d'avoir dessiné des lettres sur les carrés de bois vierges de mon jeu de Scrabble, à dix ans, parce que je croyais que le jeu nous donnait le droit de CHOISIR. Contente de pas avoir choisi les lettres les plus stratégiques, mais les lettres que je trouvais belles.
Je suis contente d'avoir cru et raconté à tout le monde que ma chienne de six livres et trois onzes avait couru après un ours pis qu'y s'était sauvé en courant.
Je suis contente d'avoir cru tous les gars qui m'ont regardée comme si j'étais la plus belle affaire à exister.
Je suis contente de me péter la gueule pis d'y croire pareil.
Aujourd'hui, je prône la non-stratégie, la spontanéité, l'emballement prématuré.
Appelle-le donc ton petit Français, ma belle.
All you need is love.
Merci.
mercredi 28 juillet 2010
Jimmy court après les filles.
Jimmy aime les filles qui ont des yeux clairs et des couronnes de cuir autour de la tête.
Il aime les filles qui ont un peu de maquillage coulé noir, qui fument du bout des doigts des clopes qu'elles allument les lèvres bombées, au coin de la bouche, nonchalante. des lèvres sèches et des doigts peinturés croche. Des chandails qui laissent rien voir, et des dessous de chandail où il n'y a rien. Elles ont des accents anglais qui disent «Bonjurrr Mezzieû vus zaurié du feu s'il-vous-plé?», des accents d'Ouest exotique.
Jimmy aime les filles qui ne l'aiment pas, comme on connaît. C'est tannant, parce qu'il faut toujours recommencer.
Mais il y a les filles et il y a Marie.
Une foule, une Marie. Un raz-de-marée, Marie. Au milieu. Elle se tient avec ses cheveux rasés sur le côté et ses joues en forme de pêche rose, qui ne sont pas conventionnels.
Marie est pas comme les autres filles que Jimmy aime, c'est Marie.
Et il faut pas en parler.
Moi, je l'aime pas parce qu'elle est pas fine. C'est probablement celle qui l'aime le moins et c'est probablement pour ça que tout ce qu'on sait arrive. Jimmy lui écrit des poèmes et il pleure, des fois.
J'essaie de le raisonner, mais ça ne sert à rien.
Jimmy a aimé Mathilde un an, jusqu'à ce qu'il se rende compte que c'était pas vrai qu'elle l'aimait pas. Il a aimé Audrey trois jours, jusqu'à ce qu'elle attrape le hoquet.
C'est pas beau une fille qui a le hoquet.
Il a aimé Léa tant qu'elle est restée sur l'autre continent. Après elle était trop proche et ça faisait voir les défauts visuels et olfactifs. Il a aimé Catherine, mais elle a mis trop de drogue dans son verre de bière et s'en est administré trop à son tour pour que ça soit OK.
Pour Josianne, Claude et Mimi, y a pas de raison particulière.
L'amour, c'est un coup de dé et un jeu de rôles à la fois.
Il faut représenter quelque chose, et ensuite trouver la personne pour qui ça a du sens.
Sauf que tôt où tard, on est somnambule, soûl, ou on décroche un court instant et là, la lumière trahit. Ça se passe surtout le matin. On dit qu'y a toujours quelqu'un qui court plus que l'autre après l'autre, dans l'histoire. C'est pour ça qu'on suggère de porter le masque qui facilite la vie.
(Parenthèse, ça me rappelle une scène de «Minuit le soir», qui se passe pendant un party masqué. Le gars cherche son amour, mais tout le monde porte le même masque. Le gars marche, il sait qu'il va la trouver, et il arrive devant quelqu'un et lève le masque. C'est elle.
Peut-être que Marie, même si elle a le même masque que tout le monde, n'a pas le même fond et que c'est pour ça que Jimmy la sent, la reconnaît et n'en revient pas.)
Bref, j'essaie de comprendre et croyez-moi, je sais que tout ce que je suis en train de dire n'a pas beaucoup de sens, dans la logique universelle.
Je regarde Jimmy, il est épuisé.
Il dit «vous êtes jolie mademoiselle», mademoiselle tombe amoureuse, elle n'est plus jolie anymore. Il revient à Marie. Une chanson. réessaie «vous êtes la plus belle mademoiselle». une autre chanson, pour Marie.
J'aimerais que Jimmy puisse se reposer, mais comment, je n'en sais rien.
mardi 20 juillet 2010
Un vrac de vérité.
2) Je chante devant 10 000 personnes après-demain et je sais pas ce que je vais dire, ni ce que je vais faire, en fait, je sais pas si je vais pouvoir faire quoi que ce soit, comme me tenir debout ou m'asseoir. Si je pouvais, j'échangerais ma place avec quelqu'un qui va voir Toy Story ou qui a une date avec un gars qui a essayé de dater toutes les filles sur Facebook (voir plus bas pour exemple). Mais là j'ai p'us le choix, alors je vais me payer une robe, une épilation pis une pédicure, on sait jamais tout le pouvoir que ça peut avoir.
3) Des fois, je trouve que les bonnes nouvelles qui se passent dans' vie, ça vaut rien quand t'es tu seul dans' maison au moment de recevoir le call.
4) Chaque fois que j'écoute un film, je me sens comme d'la marde. je veux changer de vie. Mais faut jamais oublier que pour les personnages d'un film, y a aucune conséquence à faire des choses extraordinaires, sauf celle d'être dans un film. Les personnages d'un film ont droit à toutte.
5) C'est épeurant, à quel point j'ai de l'intuition. ça, c'est quelque chose que je remercie. L'autre nuit, je me suis réveillée en sursaut en pensant «la clé, le char, y a quelque chose avec la clé». Je me suis pas écoutée, je suis restée couchée. Le lendemain matin, j'ai trouvé la clé dans la serrure, l'auto pleine de gear. Mes hommages aux gens de Bonaventure, qui sont pas des voleurs.
6) Des fois, je trouve que le bonheur, c'est d'être tout seul dans un p'tit bateau au-dessus d'une belle eau claire, de regarder au fond, voir la profondeur, la forme des roches, comment le soleil plombe dessus. de t'arranger pour que le chêne que t'as planté meure pas, de sortir ton vélo tout croche pis de te prendre pour un avion, de t'en aller à St-Elzéar, parce que t'as jamais vu de quoi ça a l'air.
7) J'suis tu toute seule à avoir AUCUNE idée d'oussé que j'm'en vas?
lundi 28 juin 2010
Vin rouge et chambre d'hôtel.
Je veux du vin rouge
Échangé entre nos bouches
Débordantes
Qui se répand
Comme moi sur toi
Tes cheveux qui collent à mes doigts
En toile d'araignée
Je veux mon ventre nu
Sur ton ventre
Croquer la pomme de ton cou
Boire les dessins de soleil
Sur tes joues
Jouer à menton fourchu
Bouche d'argent
Sans rire.
Dire nos noms. cent fois.
Je t'attends.
272.»
samedi 19 juin 2010
Matelot.
Tristounette, la fille
Faisait des siestes l'après-midi
Même quand y pleuvait pas
Mangeait ses ongles et ses doigts
Perçait des trous dans ses bas
La seule chose qu'elle avait gardée:
Son pull, à lui
Blanc avec des rayures bleues
Matelot
Elle aurait dû y voir un signe
Que'que chose
Les matelots partent, c'pas compliqué
Sont pas capables de s'endurer
Quand y a le sol dessous leurs pieds
Elle aurait pu se préparer, au moins
Mettre son suit de deuil
Mais non.
Un pull blanc et bleu
Matelot.
Ça veut rien dire mais c'est beau
On peut faire des histoires avec
Hier, pas le choix y a fallu qu'elle l'étouffe
Dans un sac en plastique
Pour le redonner
Elle a fait deux trous
Juste au cas où
Il lui prendrait l'envie de s'échapper
S'en débarasser, c'était terrible
Elle avait mis son odeur
Dessus
Ses cheveux pis ses taches de rousseur
C'est bien connu:
C'est la dernière carte des désespérés
Après ça y a p'us d'espoir
On peut aller se rhabiller
"Bye bye capitaine
Oublie-moi pas trop, là-bas en mer
Et reste fier"
***
C'est le matin rue Mont-Royal
Ça sent les crêpes et le café
Pas pris la peine de se peigner
Les doigts plissés (décidé de faire la vaisselle, c'qui est déjà une bonne nouvelle).
Une autre fille.
Elle la voit, de loin
Pareil comme si elle avait eu un set de lumières
Autour d'la tête
Ou un panneau publicitaire
C'est parce qu'elle porte ses cheveux, pis son odeur
Pis ses taches de rousseurs
Sur un pull rayé
Blanc et bleu
Matelot.
lundi 14 juin 2010
C'était écrit dans le ciel... (Ou l'histoire de Benny).
Je sais que tout ça, c'est des problèmes de filles et que je devais être un peu spécial, d'un sens. Les petits gars qui veulent de l'attention, d'habitude, ils cassent les choses et les personnes et ils disent des gros mots. Moi, je chantais, je dansais et je faisais les yeux qui roulent et qui clignent vite, version Marilyn Monroe. À trois ans, j'avais appris mon livre du Dragon dans un chariot par coeur et j'étais allé voir les voisins, un par un, pour faire mon spectacle. Je savais tourner les pages au bon moment et prendre le bon ton pour que l'histoire soit belle, et tout. Les voisins trouvaient que j'étais un vrai génie et ils m'applaudissaient. Ensuite, j'ai commencé à être un peu plus grand et plus intéressant et j'ai appris le moonwalk plus imitation de Madonna version Like a virgin (mais je chantais pas pour vrai). J'ai battu tous les records de cotes d'écoute, au sens figuré. Quand on est comme je suis, sans histoire, de bonne famille, ni-beau-ni-laid, bien-mis-bien-éduqué, sensible au monde et à l'art, quand on fait encore pipi au lit, des fois, et qu'on est un peu grand, on fait ce qu'on peut. Moi, ça m'apaisait, pour un temps.
Mais là, j'ai commencé à avoir des poils et des envies et la vérité, c'était écrit dans le ciel, c'est que j'ai plus vraiment eu le droit d'être comme je suis et ça a commencé à m'embêter en crisse. Je voulais si fort qu'on m'aime. N'importe qui, n'importe quelle âme qui vive ou qui vive pas. Mes soeurs, mes frères, mes souliers griffés. Une prostituée avec des couilles rue Ontario. Les trucs que je mettais dans mon nez pour qu'on m'aime plus. plus. plus. J'ai appris à aimer les filles, mais surtout leur cul, comme c'est de mode et de coutume pour la gente masculine. J'ai appris des phrases gagnantes, j'ai pratiqué des mouvements, des clins d'oeil, comme dans la TV couleur. Dans mon miroir, j'avais l'air vrai. Tout avait l'air vrai. Dans les bars, tout était parfait, je brillais devant mon public. Je les déshabillais en les embrassant dans le cou et leur tirais les cheveux, dans le noir, je leur disais que je les aimais si fort, si fort, que je les aimerais pour toujours et perdais leur numéro, comme c'est de mode et de coutume pour la gente masculine. Elles venaient jamais chez moi, parce que je voulais pas de traces d'elles dans mon appartement. Parce que je voulais pas de leur boucle d'oreille oubliée sur la table de chevet. Pas de leur pince à cheveux à la traine sur le rebord du bain. Pas de leurs petits doigts sur mes cahiers, sur mes posters. Parce que j'étais terrorisé par ces créatures petites, comme moi, avec leurs grands yeux qui me regardaient au travers. Je voulais pas qu'ils me voient en plein jour cru, ces yeux-là. Je revenais chez moi pendant qu'elles dormaient, je me lavais en frottant bien, jusque sous les ongles. Mouchais deux-trois coups, à cause de la came. Me rasais, au complet.
Je voulais être comme Batman et être le plus fier et le plus grand et le plus fort, mais je suis trop maigre et mes pieds sont en canard. J'ai jamais scoré au hockey, jamais. Me suis jamais battu avec un gars en forme de frigidaire, dans un bar. Je suis lâche comme un couillon, câlisse. Ni-beau-ni-laid, sans histoire, enfin comme on sait.
Ma mère a toujours dit, on a pas tout c'qu'on veut, dans la vie.
Moi je trouve que des fois, on a tout c'qu'on veut pas.
Quand je me couche en petite boule morte, dans mon lit, le soir, je m'imagine quelque part où j'ai pas vraiment le droit d'être en train de faire des choses que j'ai pas vraiment le droit de faire. Je pense à mon père, qui achetait toujours le plus de livres possible sans jamais même en voir la couleur des pages. Je pense à ma mère, qui achetait toujours le plus de robes possible sans jamais même en porter une seule, parce qu'il fallait pas froisser le beau tissus doux qui coûte cher. Et je dis à mon coeur mort chut-chut-chut. Mon Coeur, tu sais, y a du pelletage de nuages qu'on peut pas se permettre, dans la vie.
Moi, une fois, en petite boule morte, dans mon lit le soir, j'ai mis mon suit de fini et mes ailes de Batman passées date, j'ai volé jusqu'en l'air, à mon plus haut, jusqu'à ce que mes yeux virent à l'envers et clignent vite, version Marylin Monroe quand y en restait plus grand chose. Et j'ai passé la souffleuse dedans, mes nuages morts. C'était écrit dans le ciel. Chut-chut-chut.
dimanche 13 juin 2010
Tadou-jingle.
On a planté notre tente dans le noir avec une lampe de poche grosse comme un dix sous dans la bouche à Bibi. Mais on a fait ça guerrières, je veux dire. Pas tout croche comme on peut s'attendre des filles. Pis vite à part de ça, on voulait rien manquer du reste des choses qui se passaient en bas.
Déjà qu'on était en retard parce que pendant le traversier, question de sauver du temps, on était allées dans les toilettes du bateau se faire un petit maquillage/épilation de sourcils vite faits, et que finalement, en touchant terre, on avait fait attendre toute notre ligne de chars qui pouvaient plus débarquer parce les brigadiers nous cherchaient mais nous trouvaient pas. Et on avait couru jusqu'à la voiture en se cachant la face sous une pluie de klaxons désagréables en criant «Pardon! Pardon! On s'épilait! Pardon.»
***
«As-tu décroché?»
«Non, toi?»
«Non, je me concentre à faire ça, là».
On marchait vite dans les rues, ça nous gossait que le monde prenne leur temps.
On voulait arriver vite, boire notre bière vite, voir toutte notre monde, leur parler beaucoup, pis avoir du fun vite. Pas manquer un seul show.
Surtout, on cherchait la délivrance, vite.
La délivrance du monde qui va vite.
Fa'que là on a voulu toutte planifier d'avance.
Pour pas perdre de temps.
Pour bien profiter de chaque instant.
«As-tu décroché?»
«Non pas encore. Calvaire.»
J'ai fait ma run de lait, j'ai parlé à tous les gens, mais j'arrivais pas à entrer dans mon corps, je le voyais plutôt de haut. Non, plutôt de bas. En vue périphérique, et je savais plus trop si j'aimais mieux les oranges ou les pommes, ce que je pensais du dernier disque de Pierre-Jean-Jacques, comment sourire sans que ça fasse mal aux joues ou trouver quelque chose drôle.
Le lendemain, j'avais toujours pas décroché, c'était décourageant.
On a essayé la plage, le lac, les drinks, les smoke-meats.
Je crois que j'ai pas décroché une seule seconde.
La vue périphérique, a me lâchait pas, la calvaire.
On était au bout du monde, y avait les paysages magnifique, les montagnes. Les couchers de soleil. Les mouches. La musique. Tout ce qu'on dit qui aide à se laisser aller, dans la vraie patente, tsé.
«Tadoussac, débarque de la track. Embarque, dans le sac et le ressac. (...)»
C'est à la presque fin, back on the traversier (on est pas sorties du char, cette fois-là. par mesure précautionnaire) que ça s'est passé. Bibi nous parlait de l'histoire de quelqu'un de courageux et de fort. Tout d'un coup, me suis sentie comme un papier de soie, tu souffles dessus pis y déchire à moitié. Je vous épargne les détails.
Bref, pour finir vite parce que c'est pas bien bien intéressant, mais il faut que je garde ma plume en forme:
On est arrêtées à Baie St-Paul. Y avait des drôles de trucs dégueux dans l'eau et autres choses. On savait pas trop si on dormait là encore une nuit. Je savais toujours pas si j'aimais mieux les pommes ou les oranges etc., alors c'est bien vous dire comment je savais rien. On était en train d'en parler, oui ou non, oui ou non.
Pis là, faut bien l'imaginer, c'est pas pire. Y a une crotte d'oiseau gigantesque qui est tombée sur la tête à MC pis un peu sur ma tête itoo.
Ça a fait splash, ou peut-être, ploush. Bref, c'était pas rien.
Ah b'en lâ lâ, fuck you les oiseaux à Baie St-Paul, lâ. Bye Baie St-Paul, lâ.
Y voulaient rien savoir de nous autres, j'pense.
Tout ça pour dire que, calvaire. C'est le fun fuir, pour trouver des affaires, comme soi-même.
Mais je pense que je vais rester che'nous. Pour un p'tit boutte.
(Tout de même, je tenais à préciser: le festival de Tadoussac, c'est un bien beau festival. http://www.chansontadoussac.com/ pour l'année prochaine).
vendredi 4 juin 2010
Minuit Chrétien, c'est l'heure solennelle.
On a parlé d'aller aux arcades ou au Laser Quest mais c'était trop cher. En plus, Nico s'était fait voler son porte-feuille par un douchebag pis moi je l'avais juste oublié. On voulait aller à la piscine mais y faisait trop frette, au bingo mais on en trouvait pas, alors on est allés virer au chic bar Le Paspébiac, sur Papineau. Ça sentait le homard à plein nez, mais on s'est accordé une danse, pour tester la place, tsé. Les monsieurs pis les madames nous regardaient toutte croche, faque on est sortis. Après ça, on a décidé d'aller au bowling, mais c'était fermé. On avait marché une demi-heure sous la pluie pour ça, avec notre king can dans un sac en papier brun, en croisant des polices à vélo, fallait pas abandonner. On est rentrés dans un bar nowhere pis là, y avait un gars pas trop fiable, en apparence, qui nous a dit qu'y avait un karaoké au coin d'la rue Papineau, encore.
La pluie battait les rues, mais nous, on était courageux.
On s'est dit, une chance sur deux, que ça soit vrai.
Soit oui.
Ou ben non.
On est arrivés là
Y avait Mike à la console
Y chantait sur une toune de Metallica
Mais trop bien, comme.
Les maîtres de karaoké
avez-vous remarqué
Ils chantent toujours plus
Pis c'est pas juste.
Mais bon.
Au moins y était pas pire.
On l'a bombardé de papiers avec des noms de tounes pas rapport.
J'pense que déjà là y nous aimait pas fort fort.
Avec nos cheveux collés dans face.
On a attendu.
Y avait Stéphane
C'était Éric Lapointe
Même voix même moves pis toutte
Mais en gros.
Y avait Lynne
Elle a s'donnait
Faisait des backvocaux
Avec tout le monde
Même ceux qui voulaient pas
Pis quand a faisait pas ça
A chantait du Marjo
Pis a faisait aller ses cheveux.
Y avait Luc.
Lui, il riait de tout le monde
Quand y est allé chanter, j'ai compris.
Y tenait son micro
Comme une star du rock
Mais honnêtement
Y avait juste ça de beau
Son ami le filmait
J'pense qu'y voulait s'faire un clip
Pour mettre sur Youtube
Pis y avait Amal
J'ai pas trop compris, lui.
Y allait en avant pis y se brassait
Mais là. C'pas compliqué, y transcendait la musique
On aurait dit qu'y était une coche
Au-dessus de tout le monde
Voyait des choses qu'on voyait pas
Mettait ses bras en l'air
Faisait des formes
Ouvrait sa chemise pis se dessinait des trucs
Dessus
Avec de l'air
Là, Mike nous a appelés
On était contents
Pour chanter
Minuit Chrétien, c'est l'heure solennelle
On y arrivait pas, on riait trop, c'était dégueulasse. Mais là Amal est venu me voir. Il m'a pris par les épaules. Je chantais, un peu, pis il me regardait dans les yeux. À deux pouces de ma face, je vous jure, il s'est mis à pleurer. Il arrêtait pus. Je chantais «Peuple à genoux, attends ta délivrance».
Pis lui les larmes y coulaient
Grosses comme des onzes de vodka
J'ai arrêté d'rire, j'ai dit pleure pas, pleure pas. Pleure pas.
Pis là, Amal m'a embrassé sur le front. Comme si j'étais la fucking Sainte-Vierge, que Nico a dit. Comme si j'étais la fucking Sainte-Vierge.
«You're my sister» qu'y m'a dit.
Après ça, on avait pus trop l'coeur à la fête, pis on avait pus une cenne. Bibi a voulait qu'on s'fasse payer des verres, mais j'étais pas certaine si c'était une bonne idée. Faque on a attendu.
C'est là que y a des verres de bière qui sont arrivés. C'tait la gang à Stéphane (Éric Lapointe) qui voulaient être nos chummés. Claude y était Acadien, c'est devenu mon pote. Mario il avait une compagnie de porno à lui tout seul pis y faisait ben du bidou. L'autre, je me souviens pus de son nom, y parlait pas.
Y ont rempli nos verres
Trois-quatre-cinq-six fois
Même si on voulait pas
On a dit merci
Pis on est sortis.
En promettant d'aller à leur party
Wet t-shirts
Le lendemain.
C'était même pas vrai.