Je n'ai pas de tête. Je suis omnipolaire. Je marche dans les rues en chantant mal et en faisant des punch de drum avec mes mains et en buvant du vin dans un sac en papier brun. Je bois aussi des cafés-filtre au Dégueulton, des fois j'y travaille et tout le temps j'y écoute aux tables. Je sors danser dans les bars country. Je suis pas super en Charleston. Je cherche une liberté douce. Je fragmente les histoires des gens que je rencontre au cours de mes soirées qui n'ont ni tête ni rien non plus.

lundi 31 janvier 2011

Caroline-Canevas.


Radiating Expansion, Paul-Émile Borduas
Caroline-Canevas.
Canevas-pas.
Caroline-ne-se-ressemble-pas.
Une toile blanche, comme son front
où rien ne vit.
Rien ne bouge.
Mais s'y couchent les bouches et les corps endormis.

Caroline-Canevas-pas peinture des faces qui pleurent.
En gris et gris foncé. Gris pâle aussi et en brouillard.
Ses toiles sont comme des grands trous noirs.
Elle s'y lance, comme on se crisse dans les murs.
Coulent la sueur et la peinture.
Au bout de ses bras.
Qui donnent plus que ne reçoivent.
Parce que la peinture ne pardonne pas.

Tu te réveilles t’es toute seule. Bravo Caroline. Chapeau Caroline t’es guérie je crois. Il fait froid comme dans un égout.

Ébouriffe tes cheveux. Répands des larmes sur tes joues, dessine-z-en avec du mascara noir, recouvre ta face qui ne part pas à l’eau ni au savon. Tu vas trop vite, attends. Je veux voir comment ta bouche, comment tes yeux, comment leurs contours se déforment quand tu pleures d’être toute seule au monde. Je veux voir si ta ride de front est centrée ou plus à gauche ou plus à droite, ou si t’en as deux.  Si ton menton tremble. Si ton nez coule. 

T’es laide quand tu pleures, Caroline. T’es laide laide.

T’es laide quand tu souris.

T’es laide quand tu fais rien, quand tu dors, t’es laide.

T’es laide quand t’es sobre, quand t’es seule encore plus.

T’es laide quand tu te cognes la tête par exprès sur le bol de toilettes, quand y a du sang qui coule, qu’il se prend dans le sourcil gauche, qu’il contourne l’œil et l’aile du nez, qu’il s’infiltre dans les lignes et dans les pores et que tu le laisses descendre jusqu’en bas, sur tes lèvres. Quand tu le lèches et que tu le goûtes sur ta langue sèche. Ta peau est trop blanche, as-tu mangé quelque chose aujourd’hui, avec le sang t’as l’air sortie d’une tombe. Mais ça fait des belles peintures quand tu en prends un peu avec ton doigt et que tu traces le contour de ton semblant de visage sur le miroir. Quand ça sèche, on dirait la mort mais en brillant. La mort comme des traits qui se détachent, qui s’envolent en toutes sortes d’oiseaux blancs blessés. Des mouettes, des goélands, des mouettes et des goélands, les yeux sont deux istorlets hirondelles de mer. Des oiseaux qui ont mangé des épingles à couche et des épingles à couture.

-       La vie est laide et toi aussi. Et toi et toi (…). Tu comprends pas, j’suis Borduas (…).

Sors ta catastrophe de toile. Fais un trait ocre là et un trait bleu marin là. Et là et là. Plus gros le trait. Rajoute du gris pas mal de gris toutes sortes de couleurs de gris. Du vert de gris du gris de poussière du gris de cendres du gris de métal. Ne respire plus. Fais des carrés fais des rectangles fais des coupures circulaires des trous géométriques fais des numéros majuscules.

-       All you need is love.
-       Allo? Qui parle?
-       Veux-tu baiser à soir?

Canevas-pas sort dans les bars.
L'alcool s'efface, pas comme les taches.
Pas comme les visages sur ses bricolages barbouillés de suie.
Elle y boit deux bouteilles et demi.

-       Réveille-toi j’veux sortir d’icitte.
-       Ben là, y est une heure du matin.
-       J’men crisse t’es out.
-       Ostie de folle, tu vas te ramener un autre gars c’est ça hein avoue.  Tu vas te saouler jusqu’à pus te rappeler comment tu t’appelles c’est ça hein avoue. ‘toute façon j’m’en sacre de toi pas mal.

Qu’est-ce que tu veux que ça lui fasse, à Caroline. Elle a son téléphone, elle a des centaines de contacts. Des centaines, c’est pas vrai, des dizaines de centaines, qui se rappellent plus comment elle s’appelle. Qu’est-ce que ça peut bien faire qu’elle s’appelle Sabrina ou Chloé ou Ciseau ou Confiture. Elle envoie des messages texte. Des dizaines de messages texte. Des dizaines de centaines, et elle en reçoit, elle en reçoit, c’est vrai. T’as besoin que d’un numéro pour ça. Un numéro de dix chiffres avec trois zéros pas de barre.

L'alcool s'efface, pas comme les taches.
L'alcool pardonne, pas comme les gens.
Caroline-canevas-n'a-pas d'amis.
Que des amants.
Pas de talent, pour rien de rien.

Alors elle braille elle braille elle crie.

-       La vie est laide et toi aussi. Et toi et toi (...) Tu comprends pas, j’suis Borduas. J’suis Borduas mort et ressuscité d’entre les morts. Et toi et toi (…).

Y a des rangs et des rangs de shooters sur le bar. Aussi bien grimper les boire à genoux la tête dedans le nez bouché ça va plus vite ça dégueule moins, toi tu veux goûter quelque chose comme un goût de tarte ou de chausson à maman mais ça goûte le cœur-canelle et le sucre d’orge et le kérosène mais pas le temps d’y penser bois! c’est bientôt last call. 514-942-8383 tient tes cheveux qui traînent dans sa bière, toi tu cherches ton verre de contact mais peut-être que tu l’as bu ou peut-être que tu l’as encore mais que tu t’es juste mis du cœur-canelle dans l’œil.

-       Tu sais ce que j’aimerais? J’aimerais m’acheter une perruche verte qui sourit de son bec pis avec des plumes croches. Paraît que ça chante des fois ces affaires-là, paraît que même ça peut parler, paraît que tu peux les transporter sur ton épaule si t’es vraiment bon. Moi je lui apprendrais des chansons de Gainbourg à ma perruche.
-       Ouais. qu’y dit 514-whatever.

T’as envie de pipi. Tu te lèves tu enlaces les murs tu leur donnes des becs au passage mouah mouah merci mesdames et merci messieurs la vie est laide etc.

La douleur fait toujours moins mal dans la gueule
quand on y est pas tout seul.

-       Love is all you need.
-       Quoi?
-       Viens-t’en, viens-tu. On va aux pommes. Viens-tu? C’est Paul-Émile. Viens-t’en, chez moi j’ai des pommiers fabriqués en pinceaux de bois, j’ai de la pelure de pommes en papier construction, j’ai des oiseaux en morceaux de fenêtres. On va faire de la compote avec le rouge sur mon miroir, de la compote de nez qui coule de front qui pisse. J’ai pus soif.

Tu exagères.

Caroline-Canevas.
T'as qu'à retourner te coucher
sur ta toile ton lit.
Comme on se couche sur ton ventre
sans t’regarder sans dire merci.

Et pas de couverture.

Tu te réveilles t’es couchée par terre en étoile pleine de Jack Daniel’s pleine de sperme séché dans ton visage, t’as un trou dans tes collants mais c’est ça qui fait beau, t’as un trou dans ton ventre mais c’est ça qui fait vie c’est ça qui fait liberté, des petits trous des petits trous encore des petits trous des barres noires des barres noires, des barres de grande guerrière de chef indienne de karatéka. Les barres noires épaisses comme des coulis de chocolat à Paul-Émile, les carrés, tes carrés, les oiseaux foncés aussi oh les petits oiseaux.

Y a plus de miroir.
Y a plus que les dessous de pieds qui peuvent se regarder encore faut-il que les morceaux soient du bon bord.

Tu appelles ta mère, tu l’appelles par son prénom.
 Allo allo Claudette je crois que j’ai fait une bêtise j’ai pris des trucs Claudette ta fille est folle Claudette t’aurais pas dû lui acheter des souliers griffés avec des brillants dessus des robes de princesse des bicyclettes des fers à friser t’aurais pas dû toujours dire oui Claudette tu pensais rien qu’à toi maudite Claudette aime-moi Claudette please please please ok viens donc me cuire une tarte ou quelque chose aux pommes c’est l’automne come on dis oui qu’est-ce que t’as fait à ta fille hein hein ta fille est cinglée et je veux m’envoler en oiseaux blancs-blessés par mon visage je veux manger une épingle à couche ouverte Claudette.

Claudette te dit « shhh, shhh. Et puis shhh, shhh. Et ensuite shhh mon bébé d’amour, shhh ». Tu l’entends dis, Caroline Canevas-pas mieux? Un peu un poil un rien du tout.

Et tu prends un verre d’eau, shhh shhh, tu vas t’acheter du café à la fraise, le ciel a pas d’oiseaux dedans, il sont pris dans les nuages sans aucun doute, le ciel est libre de vivre ou de mourir, il EST. Comme toi, savais-tu ça. Il fait douze degrés et demi ou presque. C’est juste OK pour la chair de poule, shhh shhh, ça fait du bien, c’est comme du vent dans des mauvaises herbes qui leur dit que c’est pas grave d’être mauvaises.

-       Merci pis je veux de la gomme balloune pour shooter les goélands avec ma bouche comme un canon de bazooka.

Tu rentres chez toi quelle heure est-il as-tu mangé quelque chose aujourd’hui m’en rappelle plus une gomme je crois baie tropicale ou cannelle infernale veux-tu écouter La vie, la vie ou bien la peinturer dans la télévision?

Caroline elle jaune elle vert elle bleut.
Marin.
Comme ses dedans de cuisses.
Elle peint avec la mousse de lait fraisée
dans les petites craques.
Écrase le gobelet au milieu.
Sur l’écran embrouillé.
Se fait une manucure.
Se lime les coudes ensuite les jointures.
La langue qui goûte la moisissure.
Les mains.
Fait des montagnes de fuckall rien.
En poudre.

Un petit rayon. Veux-tu aller jouer dehors? Pas tout de suite, pas prête, faut que tu fasses un lavage, faut que tu te spinnes à cycle délicat et que tu te fasses sécher avec un feuillet de sent-bon qui déteint du ciel, de l’herbe et des ruisseaux doux. Là, à l’extérieur, les nuages mettent au monde des anges qui ont un bec et des plumes, les personnes sont belles dans leurs yeux dans leur âme faut pas généraliser, octobre a beaucoup de chats à fouetter et aussi des monstres et des sorcières mais pas toi toi t’es hors de danger. Là, à l’extérieur, y a des petits nids d’amour qui sentent le propre, le lavé à sec, y a des châteaux décorés de Borduas et de Riopelle avec des gens dedans qui ont des yeux pour les voir, t’espères. Y a des mamans qui parlent pas juste en vent, y a des êtres humains qui vont peut-être te demander ton nom, qui vont peut-être s’en rappeler qui sait, des humains qui déchirent pas les bas collants ou du moins juste quand tu vas leur demander. Dehors y a un nouveau miroir à acheter quand tu seras prête pas aujourd’hui, mais t’es pas obligée, c’est pas nécessairement nécessaire de te voir exister cent fois par jour.
Et t’as une œuvre à achever, Caroline. Ton canevas va, je te le jure. Y a un visage qui attend de vivre, là. Regarde ses yeux d’istorlets hirondelles de mer. Regarde son front de Paul-Émile. Regarde sa bouche qui veut shooter les oiseaux-vidanges avec une gomme bazooka.

Regarde ses joues. Regarde-les. Je te le jure, elles veulent rosir.
Elle le veulent.

Et coulent la sueur et la peinture
Coulent la sueur et la peinture
Au bout de ses deux bras-blessures.

samedi 22 janvier 2011

René.

http://zombiefightsshark.blogspot.com

- Qu'est-ce t'as à soir t'as pas l'air à feeler mamzelle?
- Ah. C'parce que j'ai viré une brosse hier.
- Ah ouin... Vous êtes de même les jeunes vous autres hein vous êtes de même.
- Ben pas tant, c'était ma fête c'est pour ça.
- Ah. Une chance. Parce que moé là avec mon taxi l'autre jour j'n'ai ramassé une une fille comme toé pus capable de se tenir deboutte pus capable de rien faire pis elle a vomi dans mon taxi. Imagines-tu si je l'avais pas ramassée c'te fille-là hein quessé qui serait arrivé tu penses, une chance du bon Dieu.
- Ben en tout cas t'es fin de l'avoir ramassée René, c't'un beau geste...
- Moi là la boisson j'pas capable, c't'un vice ça la boisson, c'pas correct l'ostie de boisson j'suis contre ça moi, pis la petite crisse de tout' croche elle a vomi dans mon taxi la tabarnak, ils vomissent tous dans mon taxi les câlisse de jeunes toutte la gang la prochaine fois J'VAS LES LAISSER CREVER DANS 'NEIGE!!!
- Ben là René c'est pas fin c'que tu dis là...
- PAS FIN??? TU PENSES QUE C'EST FIN DE DÉGUEULER DANS LE CHAR D'UN AUTRE??? T'ES PAREILLE COMME EUX AUTRES HEIN DANS L'FOND PIS J'REVIENDRAI PUS BOIRE MES CAFÉS ICITTE PUS JAMAIS C'TU CLAIR!!!

***

- Eille r'bonsoir ma p'tite Sophie j'voulais revenir m'excuser pour taleur. Tsé c'parce que ça m'atteint les jeunes pis toutte, j'les aime les jeunes pis toé too j't'aime ben, pis j'suis inquiet pour vous autres hein tu l'sais que j'ai pas fait ça pour mal faire. C'parce que les jeunes de nos jours y ont pus de valeurs y croient pus en rien. Toi tu dois croire en Dieu hein?
- Hum. Ben pas vraiment René, pas vraiment non. J'peux pas dire que j'crois en Dieu non.
- Ah ben esti. J'aurais dû m'en douter. Je l'savais que t'étais pas morale toé, comme tous 'es autres, les p'tits crisse qui décrissent mon taxi, j'viendrai pus jamais te voir pour mon café, j'te donnerai pus de tip pis si jamais j'te vois dans l'banc d'neige avec mon taxi J'TE RAMASSERAI PAS T'ENTENDS-TU!!!
- Oui oui René c'est beau là, vas faire un tour, j'te ferai un refill après si t'es fin.

samedi 15 janvier 2011

J'ai compris que la mer perdait les choses.

Thérèse Jalbert jeune fille belle ma grand-mamie
Maison froide froide, personne y avait touché depuis un boutte. Maison seule seule toute refermée sur elle-même toute sèche aux jointures de sel de vent de sel de vent, jamais fatigués le sel pis le vent.

On a ouvert la porte on a crié Joyeux Noël et Bonne Année pour niaiser, y avait rien pour nous répondre, rien que de la buée qui sortait de nos bouches pis une odeur de grand-papa.

C'était la maison de mes grands-papi-grand-mamie c'est pour ça. Maintenant qu'ils vivent avec les autres grands-papis-grandes-mamies dans une énorme maison qui aussi sent le grand-papa mais dans laquelle la vie est douce sans le sel sans le vent, on a une permission spéciale pour y aller.

Elle est belle la maison. Quand tu regardes par la fenêtre t'as le vertige, t'as peur de tomber dans la mer. Tu vois rien que ça. La mer. Quand j'étais petite, je mettais mes deux yeux dans les jumelles que grand-papa m'avait ajustées pis on regardait les bateaux passer. On passait là deux heures ben comme y faut, moi grimpée sur la plinthe de chauffage, grand-papa assis dans sa chaise qui berce. Un bateau, un colibri, un bateau, un colibri, des fois une baleine mais ça c'était rare. Grand-papa me racontait que la maison était vieille, qu'il était né dedans, que ses parents s'étaient marié dedans, qu'ils étaient morts dedans.

Quand papa pis maman voulaient, je descendais sur la grève pour chercher des bouées, des sceaux, des gants de pêche, des chapeaux de pêche, des bottes de pêche. J'essayais d'imaginer quel genre de face avait le gars qui les avait mis pis perdus. J'avais peur de le découvrir en regardant un peu plus loin, dans les roches, les billots, dans les coquillages.

La mer me fait peur parce qu'une fois, j'ai échappé le set de clés au complet dedans - le char la maison le garage le casier postal le chalet le cadenas du vélo - pis tout le monde m'haïssait. J'ai compris que la mer perdait les choses. J'ai aussi appris qu'elle avait perdu des maisons, dont celle qui était juste en face de chez mes grand-parents avant.

Un jour, la maison va tomber. C'est pour ça qu'on a le vertige quand on regarde par la fenêtre.

Pour le Jour de l'An, on est rentrés dedans sans cogner, on a ouvert le chauffage, on a répandu nos choses par terre, on s'est servi un verre de vin. L'inspiration m'a prise pis j'ai écris un poème en cinq minutes, comme si j'avais attrapé les mots pendant qu'ils passaient au-dessus de ma tête. C'est toujours une drôle d'affaire quand ça arrive, d'ailleurs, mon professeur Pierre Plante et d'autres ont voulu expliquer ça avec des termes érudits et des schémas. Moi, j'ai déjà renoncé. J'aurais peur que ça s'en aille, si jamais.

On a parlé fort, on a ri, on s'est mis chauds, pis on s'est couché.

Moi, j'ai pas dormi.

Ça craquait ça craquait. Si seulement ça avait rien que craqué. Ça frappait ça frappait. Ça soupirait ça chialait ça s'exaspérait ça pleurait. J'ai réveillé ma soeur elle m'a dit "c'est le vent c'est la mer". J'ai dit OK mais je savais qu'ils étaient pas si fâchés que ça, le vent pis la mer. Dehors c'était doux, y neigeait, c'était crissement pas le vent pis la mer.

Je me suis rappelé toutes les fois où j'avais eu envie de pipi pendant la nuit et que j'avais attendu qu'y fasse clair pour y aller. Je pensais que si je descendais l'escalier vers la salle de bain, je trouverais grand-grand-papi feu Walter assis sur la berçante, en train de fumer sa pipe.

J'ai écouté la nuit. Pis j'ai pensé aux Ancêtres.
Ils avaient enfin pu se reposer sans les bruits sans les niaiseries du monde. Pis là nous, on était revenus, avec nos voix criardes avec nos préoccupations nulles avec notre arrogance notre impatience.  J'ai pensé aux Ancêtres. Je les ai imaginés dehors en train d'errer, en attendant qu'on reparte. D'avoir froid, de se perdre dans la vague, de se craqueler de sel. Je voulais pas que la mer les égare, eux aussi, je voulais pas. Je les ai imaginés revenir, pleurer notre présence, faire trembler les murs. Les Ancêtres étaient tannés. Mais pas violemment, juste. Tristement.
J'ai dit chut chut les Ancêtres. On restera pas longtemps promis. Pis j'ai aussi dit merci pour le poème.
Juste au cas où.

Le lendemain matin, quand je me suis levée, papa refaisait les bagages. J'ai murmuré: "La maison est hantée par les Ancêtres, Papou". Je m'attendais à un "Ben voyons donc toué qu'est-ce tu racontes" ou à un "T'es complètement sautée su'l crinque", parce qu'il est de même, mon père. Mais Papou a rien répondu. Rien.

Un peu plus tard, avant de barrer la porte derrière nous, après avoir fermé le chauffage, les lumières, il est allé ouvrir la radio.
J'ai dit:
- Tu mets la radio avant de partir? C'est chien pour les Esprits".
- Justement, qu'ils s'en aillent les crisse d'Esprits.

Pis il est allé s'asseoir dans le char.

Moi, j'ai enlevé mes bottes, et sur la pointe des pieds, je suis allée déplugger le fil. J'ai savouré le silence, juste une seconde, pis j'ai dit babye. Dans ma tête.
Photo: Pascal Babin

lundi 10 janvier 2011

Nous rirons nous rirons nous rirons.

Il est un trésor
Dedans ses yeux je ne me noie pas je surgis je me repose
Sur sa mer de sel, légère comme un respire
Comme une neige
Fondante.
C’est le printemps toujours
Il protège il resserre il englobe
Ses bras sont des feuillages
Ses jambes sont des racines il est planté
Il marche droit il croit il promet
Il veut.
Il tient il murmure il vapeure ses mots sont bons comme du sirop d’érable
Il est bleu c’est sa couleur
Sa mer de sel est ma maison
Ma maison tiède.

Il ne crépite pas il n’explose pas il éclaire
En continu c’est une fenêtre son visage ses lèvres
Il n’a pas peur.
Ses mains sont ouvertes
Je les caresse il le mérite
Doucement.
Je souffle sur ses yeux je les embrasse je les apprends
Il est un cadeau qu’on n’attend pas un cadeau qui vit lorsqu’on le regarde longtemps
Précieux comme la nature.
Un cadeau qui n’arrête jamais de donner
Comme il offre.
Il n’attend pas qu’on remercie.

Ensemble nous serons différents ensemble nous serons.
Nous rirons nous rirons nous rirons.
Je lui donne ce qui ne se donne pas et je ne regrette rien.
Je l’aime et le laisse monter en moi le laisse vivre ça me possède le corps.
Je travaille à devenir je travaille à nous fonder je fais tenir nos coutures j’apprends à tisser.
Je veux lui fabriquer des arbres à lui tout seul juste pour qu’il les regarde juste pour qu’il les arrose.
Des flocons.
Je veux être avec lui toujours
Ni à côté ni devant ni derrière
Mais en.
Sans être perdue sans l’avaler sans en briser le souffle
Juste être l’un coulant dans l’autre les trésors mélangés les richesses partagées, sans savoir combien sans savoir comment ni le temps qu’il faut, juste l’un coulant dans l’autre les trésors mélangés et le love en nous.

dimanche 2 janvier 2011

Le fuckall du rien fuckall.

Je portais des épaisseurs et des épaisseurs de linge.
Des jupes par-dessus des jupes par-dessous des pantalons par-dessus des collants.
Les cheveux lisses pas une couette qui dépasse le visage par-dessous.
Je longeais les murs, je parlais tout bas, la langue des autres, la langue straight, les mots jamais trop longs jamais trop beaux. Les mots à trois cennes se plantaient dans ma bouche me battaient me faisaient mal des bleus des trous comme des scies mécaniques tout comme vos yeux, camarades.
Je gardais tout pour le papier, je cachais les pages sous mon matelas je serais morte si on avait su, je lissais je lissais mon esprit.
Je pleurais le soir en me couchant, j’avais des seins, croyais qu’on se moquerait de moi si on les voyait je faisais des fuck you par la fenêtre en me déshabillant au cas où.
Je me serrais moi-même, j’étais petite quatre-vingt livres je m’en souviens je ne mangeais pas je me caressais les os j’avais froid je ne savais rien faire d’autre. Un gâteau par mois et les doigts dans la gorge, je souriais après en sortant pour l’école.
Toi tu étais blond tu faisais du sport tu étais rebelle et artistique tu étais grand tu avais la barbe tu faisais l’amour avec des filles étampées du sceau de la qualité estie d’esti que t’étais beau.
Tu m’as brisé le cœur tu m’as marquée du sceau du par-dessous, je me suis tue je me suis trahie, tu n’y es pour rien.
Je te cherchais dans mon ventre vide entre mes orteils sous mon matelas dans les coins de poussière.
Je t’attendais je t’attendais je t’attendais, je savais que tu ne viendrais pas c’est ok c’est ok.

Maintenant tu dors dans les dunes tu voyages avec le pouce tu connais les chamans et les secrets tu sais les chemins tu as vu le feu et l’eau tu es étampé de liberté, trop pour moi qui sommes-nous à présent, toi dans les Îles moi au salon.
Quand je t’ai vu hier j’ai dansé. J’avais mis du maquillage et des barrettes, ça m’a fait drôle et pour tout t’avouer, je me sens pas beaucoup meilleure qu’avant, j’ai toujours l’impression d’être à côté tu sais.

Toi tu dis que j’ai éclos que je suis libre que tu comprends pas t’étais où quand c’est arrivé, que je suis le symbole du possible.
Moi j’y pense et je t’en veux d’avoir été dans la bouche des plus belles, jamais je n’oublierai le sentiment, le fuckall du rien fuckall.
Pourquoi tu t’en es pas rendu compte avant, y est trop tard maintenant t’es tannant d’en parler.
Ma plume vivait avant, mes yeux vivaient, j’étais vivante je battais dans ma poitrine avec les bleus et les trous et j’attendais tu n’as rien vu par-dessous.

Mais grâce à toi aujourd’hui je dis paix à l’univers.
Paix et merci.
Que s’est-il passé entre le par-dessous et le par-dessus, quelle lumière a vécu tout d’un coup, qui m’a sauvée qui quoi.
Peut-être un peu toi peut-être pas.
Mais je souris tu sais.
Pour le souvenir, pour le mouvement, pour le battement, pour l’enseignement du grandiose. Tu étais grandiose.
Tu l'es.
Et moi aujourd'hui je suis vivante, tellement vivante, je jaillis.